L'Union sociale pour l'habitat
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Interview du président de Housing Europe : "La pandémie a rendu encore plus visible la crise du logement" AH

L’Europe toute entière est confrontée à la crise sanitaire du Covid-19, qui intensifie les inégalités existantes, notamment en matière de logement. Face aux enjeux économiques, sociaux et climatiques actuels, quel rôle l’Union européenne peut-elle jouer et quelles solutions pourrait-elle apporter ? Éclairage avec Bent Madsen, nouveau président de Housing Europe, Fédération européenne du logement public, coopératif et social, qui rassemble 4 500 organismes de logements publics, bénévoles et 28 000 coopératives d'habitation.

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Actualités Habitat - Vous êtes président d’Housing Europe depuis le le 4 septembre 2020. Quels objectifs vous fixez-vous pour les trois prochaines années ?

Bent Madsen - Au cours de mon mandat, j'espère amener Housing Europe à un niveau supérieur, où les producteurs de logements à travers l’Union européenne sont reconnus pour leur contribution à la réduction des inégalités - pour les individus et pour la société. Le bien-être ne se mesure plus seulement en termes de prospérité ; le bien-être est la façon dont nous prospérons, nous ressentons, et les possibilités dont nous disposons pour vivre une vie pleine dans tout son potentiel. Le gros problème est l'inégalité et je crois que le logement est au cœur de cette question. Qu'il s'agisse d'inégalités en matière d'énergie, d'éducation, de santé, d'accès aux services, d'âge, de sexe, d'emploi et plus encore. Où et comment nous vivons, compte. Housing Europe et tous ses membres peuvent montrer la voie sur cette nouvelle compétitivité qui, je pense, se renforcera encore davantage à la suite du Covid-19. Mais ils ne peuvent pas le faire seuls. Nous avons besoin d'une volonté politique. Et c'est pourquoi nous devons nous engager dans des partenariats solides.

L’enjeu d’un logement digne et abordable semble devenir une réelle préoccupation des institutions de l’Union européenne : s’agit-il d’un effet à court terme dû à la crise du Covid (durant laquelle les inégalités se sont accentuées mais aussi les moyens pour les sans-abris) ou d’un véritable changement de paradigme ?

Nous assistons certainement à une meilleure rationalisation des politiques liées au logement et il est encourageant que la Commission européenne, les membres du Parlement européen, l'OCDE, le Comité économique et social européen, la Banque européenne d'investissement et, surtout, les gouvernements nationaux et régionaux commencent à reconnaître le rôle essentiel des producteurs de logements sociaux et abordables. Une chose est claire : la pandémie a rendu encore plus visible la crise du logement à laquelle nous sommes confrontés depuis longtemps. Notre Observatoire du logement n'a cessé de faire la lumière sur cette tendance alarmante et, malheureusement, nous savons tous maintenant que le Covid ajoute et ajoutera une complexité supplémentaire à la situation à plus long terme. Nous pensons que répondre à l'un des besoins les plus essentiels - avoir un logement décent - n'est pas seulement une dynamique, mais le début d'une collaboration solide qui améliore les vies, crée des emplois et atteint les objectifs climatiques.

Le logement étant une compétence des États membres, comment la position de la Commission européenne et les stratégies nationales pourraient-elles s’articuler ?

Cette politique du logement, telle que nous l’imaginons, est entre les mains des pays de l’Union européenne. Cependant, en regardant un peu plus loin, nous voyons que l'Union européenne a des compétences dans des domaines qui ont un impact direct ou indirect sur l'offre de logements sociaux abordables. Au cours des deux dernières années, nous avons vu le Principe 19 du Socle européen des droits sociaux, des recommandations spécifiques par pays dans le cadre du Semestre européen, inspirer des projets de logements financés par le Fonds social européen (FSE) ou le Fonds européen de développement régional (FEDER). Ceci s'ajoute aux politiques clés de l'Union européenne sur l'efficacité énergétique des bâtiments, la durabilité et la circularité.

L’accent est maintenant mis sur la vague de rénovation récemment lancée, dont l’objectif principal est de contribuer à la reprise socio-économique de l’Europe. Elle reconnaît le rôle phare du secteur du logement social et abordable avec une nouvelle initiative de logement abordable. Fondamentalement, le principal objectif des producteurs de logements sociaux, coopératifs et publics pour une transition énergétique équitable est de créer et de maintenir des communautés durables avec une qualité de vie élevée et un coût de la vie abordable.

"Le modèle français de logement social est un exemple pour beaucoup."

Le modèle du logement social à la française est-il pour vous une source d’inspiration ?

Le modèle français de logement social est un exemple pour beaucoup. Nos collègues français sont connus pour leur fort engagement à offrir un meilleur cadre de vie, à gérer environ un quart du parc de logements du pays et à démontrer comment les financements européens ou nationaux peuvent se transformer en logements sociaux qui feraient rêver tout un chacun. La déclaration conjointe de l'Alliance européenne signée entre l'USH, la Banque des Territoires et la Banque européenne d'investissement, en septembre, a jeté les bases pour que les organismes de logement social en France puissent accéder à des financements européens pour des investissements à long terme dans des logements abordables. Nous aimerions le considérer comme une source d’inspiration pour d’autres pays de l’Union européenne.

Le plan de rénovation énergétique des bâtiments annoncé par la Commission européenne le 14 octobre vous semble-t-il à la hauteur des enjeux ? Comment faire en sorte que le coût des rénovations ne soit pas répercuté aux occupants ?

Les renovictions(1) et la gentrification sont l’un des problèmes centraux auxquels notre société est confrontée lorsque nous parlons de logement. Notre Fédération vient de lancer un Engagement qui s'attaque à ce problème - consultable sur notre site www.housingeurope.eu. Pour y parvenir, le secteur devrait être accompagné d'actions concrètes, garantissant qu'un financement adéquat est disponible, à la fois au niveau de l’Europe et des États membres. Pour vous donner des exemples abordés dans l'Engagement, cela peut se produire en veillant à ce que les réglementations de l'Union européenne soient alignées sur l'évolution des besoins au niveau local ; en fournissant des aides d'État ; en offrant une assistance technique et en simplifiant l'accès aux financements européens ; en consacrant une partie des revenus du système d'échange(2) de quotas d'émission de l’Union européenne (SEQE-UE) au financement de l'initiative prospective de rénovation de 100 quartiers dans le cadre de la vague de rénovation.

Le vice-président de la Commission européenne chargé du Green Deal, Frans Timmermans, a souligné à plusieurs reprises que cette transition devrait être équitable. Ainsi, nous constatons une prise de conscience croissante des risques que la stratégie cache. La prochaine étape logique serait de prendre des mesures concrètes pour éviter qu'une charge financière supplémentaire ne soit répercutée sur les plus vulnérables.

La Ville de Copenhague a pour ambition d’être la première capitale au monde à atteindre la neutralité carbone, dès 2025. Cet objectif est-il réalisable et en quoi les autres pays européens pourraient-ils s’inspirer de l’expérience danoise ?

Il est toujours passionnant d'avoir des ambitions audacieuses et de repousser de nouvelles frontières. L'objectif est réalisable avec les bonnes mesures politiques en place. Bien que je ne puisse parler que du monde du logement, l'échange de connaissances sur ce qui fonctionne sur le terrain, s'assurer que les secteurs impliqués disposent des moyens suffisants pour agir et collaborer est essentiel. Nous devons également nous rappeler que des réalités différentes impliquent des voies différentes vers la durabilité.

(1) Terme anglais qui peut être traduit par "réno-évictions", c'est-à-dire les évictions qui font suite à des rénovations et des augmentations de loyer.
(2) Système d'échange international de quotas d'émissions de gaz à effet de serre, en fonction dans 31 pays.