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"Le BIM suppose de travailler en mode collaboratif" AH

Le séminaire final de la recherche “Du BIM à la stratégie numérique globale” a dressé un bilan de l’état d’avancement de cette nouvelle démarche qui englobe l’ensemble des processus de construction et de gestion des bâtiments. Les problématiques qu’il reste à traiter ont également été débattues.

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Engagée depuis de nombreuses années, la démarche de numérisation du bâtiment, qui s’incarne principalement dans le BIM, pose toujours des questions aux organismes Hlm et aux acteurs de la construction. Elles concernent la stratégie, les processus collaboratifs, la coordination des parties prenantes depuis la conception jusqu’à la gestion, la formation, l’évolution des métiers, le retour sur investissement ou la participation des locataires. Des réponses à ces problématiques sont en cours d’élaboration. Les travaux de recherche Du BIM à la stratégie numérique globale, effectués par le laboratoire Prefics de l’université Rennes 2, avec l’appui de l’USH et de la Banque des Territoires, en donnent un vaste aperçu. Présentés lors du séminaire(1) tenu le 15 mars dans les locaux du Plan urbanisme construction architecture (PUCA) à la Grande Arche de La Défense (92), les résultats de cette recherche ont été enrichis par les interventions de quelques-uns des 150 participants.

Les travaux menés par les chercheurs en 2019-2020 montrent que la mise en œuvre du BIM par les organismes Hlm et les acteurs de la construction se fait progressivement sur un rythme différencié et dicté par des considérations pragmatiques. “Son déploiement est compliqué par les répercussions profondes de la numérisation sur les modes d’organisation et les métiers”, a fait valoir Paul Saraïs, responsable du département Architecture, qualité d’usage et biodiversité à l’USH. Sans parler des investissements que génère le BIM durant sa phase de mise au point et qui exigent une programmation sur la durée.

Une culture BIM à construire

Le bilan de la recherche identifie plusieurs facteurs nécessaires à la mise en place généralisée du BIM ainsi que les freins qui la ralentissent. Dans cette perspective, l’émergence d’une culture BIM est considérée essentielle mais “nous en sommes encore loin”, avoue Bruno Chaudet, chercheur au Prefics et maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Rennes 2. Chaque acteur a ses propres impératifs et modes de fonctionnement. La création d’espaces de rencontre et de dialogue pour définir les usages à intégrer dans les maquettes numériques propres à chaque phase, de même que le développement de formations, “semblent deux ingrédients indispensables au développement de cette culture BIM”, observent les chercheurs. Se pose également la question de l’acceptation de ce “nouveau métier qui chamboule l’ensemble des processus et des métiers existants”, souligne Mickaël Honorel, chargé d’étude BIM à Domofrance. À ses yeux, il paraît donc utile “de montrer aux équipes ce que la mise en œuvre du BIM peut leur apporter concrètement en termes d’optimisation dans leur travail quotidien.” Par ailleurs, au stade actuel, la question du retour sur investissement est récurrente et se trouve toujours à affiner à mesure que se précisent les usages du BIM pour les différents métiers.

Outre la nécessité de faire émerger une culture professionnelle, il est apparu que l’intérêt des bailleurs sociaux pour le BIM se concentre d’abord sur les améliorations qu’il peut apporter sur la phase gestion-exploitation-maintenance. D’où l’idée “d’une démarche à l’envers”. Pascal Lemonnier, directeur adjoint du PUCA, recommande de commencer par expérimenter le BIM gestion : “Cela permet d’impliquer davantage de personnels, de travailler sur l’organisation et de savoir ce qu’il faut demander aux concepteurs et entreprises de la construction pour obtenir une maquette utile aux gestionnaires.” Cette approche ne dispense pas, insistent les chercheurs, d’inscrire le BIM dans une stratégie numérique globale avec l’objectif de construire un système d’information homogène et interopérable autour de la collecte des données et de leur exploitation, depuis la conception jusqu’à la phase de gestion. En l’état actuel des observations, la mise en place de telles stratégies demeure balbutiante. “Les démarches de déploiement du BIM se développent à partir des besoins et des usages spécifiques de chaque métier”, constate Jean-Luc Bouillon, directeur du Prefics et professeur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Rennes 2.

Quelles méthodes pour déployer le BIM ?

Parmi les expérimentations effectuées pour déployer le BIM, celle visant à considérer la norme ISO 9001 sur le management de la qualité ouvre de belles perspectives. En visant à prescrire les bonnes pratiques organisationnelles et en leur donnant de la visibilité, elle favorise leur compréhension collective. L'initiative a été présentée par Christophe Lheureux, directeur délégué à l’Innovation et au bâtiment intelligent d’Immobilière 3F, elle lui “semble fournir un cadre adapté à l’installation du BIM avec un souci de simplicité et avec l’objectif de récupérer une maquette numérique exploitable par les maîtres d’ouvrage.” De son côté, Alain Cauchy, directeur du Patrimoine de CDC Habitat, a présenté au séminaire la numérisation du patrimoine lancé en 2006 et pratiquement achevée aujourd’hui. En 2018, il a signé une convention de recherche-développement avec le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). “Nos objectifs étaient de savoir comment la stratégie numérique pouvait améliorer la qualité de notre patrimoine et de sa gestion en vue de rendre un meilleur service aux locataires. Nous souhaitions également évaluer son impact et son efficacité sur le travail de nos collaborateurs qui gèrent le patrimoine, avec en ligne de mire la volonté de ne pas créer des complexités supplémentaires”. Ce partenariat a défini des stratégies opérationnelles pour relier les données nécessaires aux différents usages de la maquette, un guide des bonnes pratiques et des outils pour faire fonctionner le BIM. Ils sont actuellement en phase de mise en œuvre.

La participation des habitants, mythe ou réalité ?

Le sujet de la participation des habitants dans le cadre du BIM soulève d’autant plus de questions qu’il n’a pas été conçu dans ce but. Les chercheurs constatent que l’intégration des locataires dans ce dispositif demeure “la portion congrue”. Quand ils y sont impliqués, c’est davantage dans un but d’information que pour leur demander leur avis. Il existe un présupposé relatif à une meilleure capacité d'appropriation d'une représentation en 3D vis-à-vis de la 2D, mais cela n'a pas été démontré dans tous les cas. Par ailleurs, il faut s’accorder sur ce que l’on entend par participation. S’agit-il d’aller vers une personnalisation du logement qui poserait des problèmes de faisabilité et de coûts ? Jean-Baptiste Le Corf, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Rennes 2, s’interroge sur “le numérique qui créerait une utopie de la participation”. Claire Jouanneault, consultante et maîtresse de conférences associée à Rennes 2 n’est pas de cet avis. Elle relate une démarche de participation menée par Nantes Métropole Habitat sur la rénovation d’une résidence de 200 logements occupés par des personnes en grande précarité. En amont du recours à la maquette numérique, des locataires avaient suivi pendant trois mois des ateliers d’acculturation afin de les préparer à dialoguer avec des architectes. Au final, leurs avis ont pu être pris en compte. Mais la rareté de ces expériences de participation ne permet pas d’en valider la pertinence. “Leur mise en œuvre dans le cadre du BIM s’avère difficile”, constate Hélène Bailleul, maîtresse de conférences en aménagement et urbanisme à l’université Rennes 2.

En clôture du séminaire, Yves Laffoucrière, président du Plan BIM 2022 (plan prolongé jusqu’en 2024), a insisté sur ses implications organisationnelles : “Le basculement vers le numérique suppose de la part de tous les acteurs de la construction de travailler en mode collaboratif. Or, depuis toujours, ils ont l’habitude de se succéder pour accomplir leurs tâches dans un processus séquentiel que le BIM remet en cause.” Yves Laffoucrière a également évoqué “les fortes potentialités du BIM en termes de réduction des charges pour les bailleurs sociaux.” Enfin, à l’instar de Claire Schuehmacher, chargée de projets SI Patrimoine à GrandLyon Habitat, qui retient que la démarche de mise en œuvre du BIM se fait “pas à pas”, il recommande une transformation numérique progressive de tous les acteurs de la construction.

(1) Les actes du séminaire de recherche seront publiés dans la collection des Cahiers de l’USH. Un dossier consacré à cette recherche est consultable sur le centre de ressources de l’USH.

Contacts USH : Dominique Belargent, dominique.belargent@union-habitat.org ; Paul Saraïs, paul.sarais@union-habitat.org

Pour en savoir plus : Dossier de la recherche "Du BIM à la stratégie numérique globale"