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Le GIEC détaille l'impact du changement climatique sur les villes AH

Le 2e volet du 6e Rapport d’évaluation du GIEC a été publié le 28  février, avec la contribution de 270  scientifiques issus de 67 pays. Ce pavé de 3 600 pages aborde, pour la première fois, les effets du changement climatique sur les villes et les infrastructures, et les moyens de s’y adapter.

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“Le monde sera confronté à de multiples aléas climatiques inéluctables au cours des deux prochaines décennies avec un réchauffement planétaire de 1,5°C. Le dépassement, même temporaire, d'un tel niveau de réchauffement entraînera des conséquences graves supplémentaires, dont certaines seront irréversibles”, prévient le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) en préambule de son 6e Rapport d’évaluation. Pour la première fois, le groupe d’experts évoque l’impact des vagues de chaleur, des tempêtes, sécheresses, inondations et de l’élévation du niveau de la mer sur les zones urbaines, où vivent 4,2 milliards de personnes, soit la majorité de la population mondiale.

Si les températures extrêmes en ville se sont intensifiées, ce phénomène va continuer à s’aggraver, notamment sous l’effet d’une “urbanisation rapide non planifiée et du développement périurbain”, qualifié de “facteur de risque majeur”. “Un réchauffement au-delà de 2°C devrait entraîner des impacts généralisés sur les infrastructures, des risques accrus pour l'approvisionnement en énergie, l'augmentation des besoins en climatisation, une forte demande en eau”, annonce le groupe d’experts. Il évoque ainsi le “stress thermique” et l’effet des îlots de chaleur urbains, qui peuvent ajouter 2°C au réchauffement local et provoquer des niveaux de mortalité plus élevés, en particulier pour les personnes âgées et les jeunes enfants.

Les plus pauvres, les plus impactés

Le GIEC constate l’interaction du changement climatique et des inégalités sociales, avec “des impacts concentrés parmi les résidents urbains économiquement et socialement marginalisés”, au sens où “les ménages les plus pauvres ont une plus faible capacité à s'y adapter”.

Mais c’est aussi dans les villes que se concentrent les possibilités d’actions. Les options d’adaptation y sont croissantes : une “transition vers un développement à faible émission de carbone”, “une action sensible au genre et inclusive” (en offrant par exemple aux femmes “la possibilité d’assumer le leadership”), des solutions fondées sur la nature, la politique sociale, l’adaptation des infrastructures, etc. Autant d’options qui dépendent de la capacité de gouvernance, du soutien financier et de l’héritage des investissements passés dans les infrastructures.

Modifier les caractéristiques des bâtiments

Le groupe d’experts constate la plus grande vulnérabilité à la “surchauffe” des bâtiments situés “dans les climats chauds, économes en énergie avec des valeurs d’isolation et une étanchéité à l’air élevées, qui ont une protection insuffisante contre les gains de chaleur solaire et/ou des capacités de ventilation limitées”, par rapport à “des bâtiments plus anciens avec des niveaux d’isolation inférieurs”. Le rapport révèle aussi que “les risques liés à la chaleur ont tendance à être concentrés dans les communautés ayant une proportion plus élevée de logements sociaux ou de maisons à faible coût”.

Pour adapter les bâtiments, les scientifiques préconisent de jouer en particulier sur “les valeurs d’isolation, en ajoutant une protection solaire, en augmentant la ventilation naturelle, de préférence la nuit, en orientant solairement les fenêtres des chambres, en modifiant la masse thermique, en ajoutant des toits/façades verts aux bâtiments les plus mal isolés”. La solution la plus “prometteuse”, selon eux, tient à “la combinaison de protection solaire avec des niveaux d’isolation accrus et de nombreuses possibilités d’appliquer une ventilation naturelle pour refroidir un bâtiment”. Ils retiennent également le “refroidissement passif”, obtenu en contrôlant les interactions entre l’enveloppe du bâtiment et les éléments naturels (surplombs en façade, persiennes, murs texturés, toits à diodes, bassins de toits). Et pour dissiper la chaleur et faciliter la circulation d’air frais, ils préconisent le recours aux tours éoliennes, cheminées solaires et bouches d’aération, précisant que les stratégies de ventilation naturelle ont généré des réductions de température allant jusqu’à 14°C, les stratégies d’ombrage - 3°C, les puits de chaleur (qui dirigent la chaleur vers l’eau, par exemple) - 6°C. Quant aux modifications plus systémiques de la forme urbaine par la planification, elles peuvent “atténuer l’îlot de chaleur urbain dans les banlieues et les villes”. À condition que les normes et réglementations soient respectées, prévient le GIEC.