L'Union sociale pour l'habitat
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Le retour des « Tanguy » AH

Après une diminution amorcée dans les années 1990, le taux de cohabitation des jeunes adultes habitant chez leurs parents, les Tanguy(1), est reparti à la hausse depuis le début des années 2000, porté par la progression du chômage et de la population étudiante, selon l’Insee.

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Selon l’Enquête Logement Insee (cf. Insee Première n° 1686 de janvier 2018), la part des jeunes de 18-29 ans vivant habituellement au domicile de leurs parents progresse : ils étaient 46,1% dans ce cas en 2013, contre 44,7% en 2001. Cette hausse résulte principalement d’un accroissement du nombre de chômeurs (+ 3,7%) et d’étudiants (+ 3,1%) chez les jeunes adultes, comme en témoignent les taux de cohabitation nettement plus élevés constatés chez ces deux populations (58,5% et 69,2%). Une hausse de la cohabitation avait été pareillement observée entre 1984 et 1996, essentiellement du fait de l’augmentation du nombre d’étudiants, que l’extension des aides à la personne était venue freiner au début des années 90, en facilitant la décohabitation. La reprise économique enregistrée entre 1996 et 2001 avait produit les mêmes effets sur la décohabitation des plus âgés des jeunes adultes (25-29 ans), qui avaient eu à subir les conséquences de la crise de 1992-1993 sur le marché du travail. Un mouvement renforcé par la suppression du service militaire décidée en 1996.

Une majorité d’Etudiants chez les plus jeunes cohabitants

En 2013, les jeunes de 18-24 ans habitant chez leurs parents sont majoritairement étudiants (57,8%) ; seuls 20% occupent un emploi. Ces derniers sont toutefois deux fois plus nombreux à vivre dans un logement indépendant (41,3%), à égalité avec les étudiants ayant fait le même choix (41,2%).

Chez les 25-29 ans, le premier contingent des cohabitants se recrute principalement chez les actifs (52,6%) qui, bien que salariés neuf fois sur dix, ont eu du mal à prendre pied sur le marché du travail. Comparés aux adultes du même âge qui occupent un logement indépendant, ces cohabitants sont effectivement plus souvent ouvriers que cadres ou exerçant des professions intermédiaires. En outre, ils sont proportionnellement beaucoup moins nombreux (dix points de moins) à occuper un emploi stable, en contrat à durée indéterminée ou en tant que fonctionnaire. C’est probablement une des raisons pour lesquelles ils ne disposent pas d’un logement indépendant. La stabilité de l’emploi constitue souvent un gage précieux pour obtenir un logement. Enfin, cela tient également en partie au fait que chez les 25-29 ans, ceux qui habitent chez leurs parents sont plus jeunes que ceux qui ont décohabité.

Il y a 40 ans, la décohabitation intervenait rarement avant la fin des études ou du service militaire pour les hommes. Ainsi, 58,1% des cohabitants de 18-24 ans occupaient un emploi en 1973. La population étudiante y était, il est vrai, trois fois moins nombreuse et le chômage plus rare qu’aujourd’hui. La décohabitation était, par ailleurs, très dépendante du genre, liée à l’entrée sur le marché du travail pour les hommes et à l’inactivité pour une partie des femmes, pour lesquelles elle coïncidait avec le mariage.

Décohabitation progressive et aide des parents

L’autonomie résidentielle des jeunes adultes s’acquiert de façon progressive. Ainsi, près de 15 % des 18-24 ans qui habitent chez leurs parents n’y résident pas la totalité de l’année, mais plutôt durant les week-ends ou les vacances, contre 7,2 % pour les plus de 25 ans. Cette multi-résidence se fait plus rare chez les 18-24 ans disposant d’un logement indépendant (5,2%), et très faible chez les plus de 25 ans (0,8%). L’autonomie résidentielle est également le plus souvent subordonnée à une aide financière des parents. Ce soutien, qui peut prendre la forme d’une aide directe, d’une pension alimentaire ou du paiement du loyer, diminue avec l’âge : 68,6% des 18-19 ans vivant dans un logement indépendant reçoivent une aide régulière, contre 9,7% des 24-25 ans et 3,4% des 28-29 ans. Parmi les plus jeunes, ce sont surtout les étudiants qui bénéficient de cette aide, alors que chez les 25-29 ans, ce sont plutôt les chômeurs.

85% des cohabitants n’ont jamais vécu ailleurs

Plus de huit adultes sur dix résidant chez leurs parents ne sont jamais partis vivre ailleurs. 90% d’entre eux n’envisagent pas de mettre un terme à cette cohabitation dans les six mois à venir faute de pouvoir disposer, notamment pour les jeunes, de moyens financiers suffisants. Et, même s’ils les avaient, près des trois cinquièmes indiquent qu’ils resteraient chez leurs parents. La situation de ceux qui sont revenus vivre au domicile parental pour d’autres raisons que pour y passer des vacances, semble davantage subie. Un quart des 25-29 ans et 20% des plus de 30 ans sont dans ce cas et représentent 10% des cohabitants. Les raisons invoquées pour expliquer ce retour sont fréquemment associées à des accidents de la vie, comme la perte d’un emploi ou une rupture conjugale. D’autres raisons sont liées à l’âge, à des problèmes de santé ou à la nécessité de revenir s’occuper d’un parent. Autant de contraintes sur lesquelles butent les velléités de repartir.

(1) En référence au film d’Étienne Chatiliez.