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Les HLM, une chance pour la France AH

Le logement social est encore trop souvent résumé à un coût pour la collectivité. Cette table ronde a permis de démontrer, chiffres à l’appui, combien les Hlm contribuent à la croissance économique nationale ; combien leur plus-value sociale est quantifiable, en plus d’être nécessaire à l’équilibre républicain et pourquoi il faut le faire savoir. Mais aussi combien les pays européens, qui ont fait le choix d’une autre politique en matière de logement social, ont fait fausse route et changent de stratégie.

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Le logement social crée de la richesse, affirme d’emblée Pierre Madec. Il occupe une place centrale dans l’activité du secteur du bâtiment, intense en emplois. Son apport macro-économique en France métropolitaine représente 5 millions de logements correspondant à 17% du nombre de résidences principales, 12 milliards d’euros d’investissement des bailleurs, soit 20% de l’investissement en neuf et 7 milliards investis dans la rénovation énergétique.

Une plus-value économique et sociale

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De gauche à droite : P. Madec, C.Van Styvendael

"En plus, de son rôle économique indéniable, le secteur social pallie certaines insuffisances du marché privé dans sa capacité à loger les ménages aux revenus les plus modestes : 58% des ménages appartenant aux 10% les plus modestes résident dans le parc social contre 21% dans le parc privé locatif et 70% des locataires appartiennent aux trois premiers déciles de revenus. En proposant des loyers inférieurs à 41% du marché privé, variables selon les territoires, le parc social fournit à ses locataires un avantage monétaire non négligeable, de l’ordre de 13 à 15 milliards d’euros par an, qui sont réinjectés dans l’économie. Cette somme est à mettre au regard des 16 milliards d’euros d’aides à la personne, qui permettent, contrairement à ce qui a lieu dans le parc privé, d’inverser le lien qui préexiste entre niveau de vie et taux d’effort des ménages. Ainsi, les 10% les plus pauvres ont un taux d’effort, après APL, qui passe de 40% à 10% dans le parc social et de 60% à 30% dans le privé."
"L’OFCE, poursuit l’économiste, a également étudié avec l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion, le coût économique et social du mal-logement sous tous ses aspects, et mesuré en quoi le fait de loger dans le parc social, de meilleure qualité que le logement privé selon la dernière Enquête nationale logement de Insee, permet à la collectivité de réaliser des économies significatives sur les coûts directs et indirects du mal-logement, et notamment sur la réussite scolaire, l’insertion sur le marché de l’emploi et l’état de santé des ménages qui y résident. Le modèle Hlm s’affirme donc comme un rempart contre le mal-logement. Lié au secteur productif local, les bailleurs sociaux sont aussi moteur de la cohésion des territoires et de la mixité sociale et acteurs de la rénovation énergétique".
"Sans le logement social, le reste à vivre des ménages serait moindre, voire négatif parfois pour les couches les plus modestes", confirme Thierry Debrand. "Mais il faut à présent que nous parvenions à convaincre de cette plus-value, à l’objectiver pour que toutes les parties prenantes puissent s’en saisir et deviennent des promoteurs du logement social", poursuit Marianne Louis. "Pour cela, nous devons faire connaître rationnellement, hors de notre univers, ce que représente le logement social, insiste Dominique Duband.
Nous sommes un moteur important de l’économie locale, nous faisons travailler beaucoup de moyennes et de petites entreprises, notre secteur investit autant que son chiffre d’affaires. Le logement social est un élément primordial de la compétitivité pour les chefs d’entreprises qui ne pèse pas sur les charges et pour leurs salariés, un pouvoir d’achat supplémentaire. Nous sommes aussi un élément de l’égalité des chances, en offrant un logement digne".
"Nous devons nous appuyer sur les élus qui travaillent avec nous au quotidien, tant en accession qu’en locatif et nous soutiennent », souligne Bertrand Bourrus. L’élu strasbourgeois, Philippe Bies, est plus dubitatif et invite le Mouvement Hlm "à être davantage pro-actif, à faire des propositions pour produire du logement abordable, pour pouvoir rester une chance pour la France". Une étude de l’OFCE, consacrée à la différence de compétitivité entre l’Allemagne et la France, explique une partie de cet écart entre les deux pays, par le fait que le logement est moins cher en Allemagne. D’où la nécessité de construire plus de logements abordables en France. Tout le monde s’accorde pour dire que sans aides publiques, il est impossible d’en construire en zones tendues. "Qui mieux que le logement social est à même d’en produire ? Mais pourra-t-il en faire plus avec moins", questionne Pierre Madec ? Marianne Louis abonde en son sens, faisant observer qu’"à la différence du secteur privé, le secteur Hlm est structuré et travaille sur le long terme, anticipant les évolutions de la société et de ses besoins". "En fait, souligne Pierre Madec, les bailleurs sociaux jouent le rôle d’investisseurs institutionnels, absents en France dans le secteur, à la différence de l’Allemagne. Comment voulez-vous que les pouvoirs publics discutent avec quatre millions d’investisseurs privés éparpillés ?" Les Hlm jouent également un rôle majeur dans la cohésion sociale, contribuent à la vie sociale des territoires, conduisent de nombreuses expérimentations et apportent des solutions diversifiées, comme l’illustre la vidéo sur les actions menées par Nantes Métropole Habitat en matière d’habitat inclusif, de services qu’il entend développer dans les années à venir. L’OPH, qui investit 100 M€ et accorde une large place aux clauses d’insertion dans ces contrats avec les entreprises locales, va continuer à communiquer de manière forte sur la plus-value sociale.

L’exemple européen

Mais quelle est la situation chez nos voisins ? Cédric Van Styvendael, président de Housing Europe, atteste que "le manque de logements abordables constitue une catastrophe pour la cohésion sociale en Europe. Certains pays en prennent conscience et tentent de faire machine arrière. Au Royaume-Uni, Theresa May a annoncé, il y a une quinzaine de jours, un plan de relance du logement social de deux milliards de livres pour construire du logement abordable. En Allemagne, Angela Merckel, avec les länders, a adopté un plan de 5,7 milliards d’euros sur les trois prochaines années en faveur de la production de logements abordables et un plan d’action pour réguler le prix du foncier. Même la Commission européenne dit qu’il manque 57 milliards d’euros chaque année pour produire du logement abordable et que 150 milliards d’euros d’investissements seraient nécessaires aux structures sociales, au regard de la tension sur la cohésion sociale".
 

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De gauche à droite : P. Bies, B.Bourrus, T. Debrand

Et de reconnaître que si le PIB, par unité de consommation, en Europe est passé de 20 000 euros à 30 000 euros en 17 ans, le taux de la pauvreté est "flat" : il n’a pas varié de plus de 1% en Europe et en France. "Or, insiste le président de Housing Europe, le manque de logements abordables est un des principaux facteurs de création de la pauvreté. Le logement reste la dépense contrainte la plus importante en Europe : elle représente 24% des ressources des européens en moyenne, mais un citoyen sur dix dépense plus de 40% de ses revenus pour se loger. La France est un bon élève avec 1 sur 20, démontrant l’efficacité des politiques publiques, aujourd’hui remises en cause, sur les taux d’effort des ménages. Dans le même temps, rappelle Cédric Van Styvandael, la construction de logements a baissé partout en Europe, à l’exception de La France et de l’Autriche. En revanche, les prix des logements, n’ont cessé d’augmenter depuis quinze ans et atteignent en 2018, leur niveau le plus haut (plus haut qu’en 2008, lors de la crise des subprimes). Aussi, l’Europe a mis onze pays en situation d’alerte sur ce point : la France ne figure pas dans cette liste. "Une régulation publique s’impose", affirme-t-il. Pour la première fois dans l’agglomération lyonnaise, on paie plus cher le foncier que la construction. Cela doit nous alerter sur les dynamiques à l’œuvre. Et de conclure par une étude réalisée par Housing Europe, qui estime à 194 milliards d’euros par an, le coût du mal-logement en Europe et chiffre à 295 milliards d’euros, sur six ans, la somme nécessaire pour l’éradiquer. La Commission en tiendra-t-elle compte dans son prochain exercice budgétaire ? Pourquoi, au moment où nos voisins reconnaissent s’être trompés, la France demande-elle des efforts aux bailleurs sociaux ? "Parce que ce sont les seuls sur qui l’État a la main » rétorque Pierre Madec, qui rappelle que la politique du logement a été, de tous temps, une variable d’ajustement budgétaire et que les aides à la personne sont sous-indexées depuis bientôt vingt ans". Philippe Bies suggère "de transmettre ces chiffres au ministre en charge du Logement pour gagner du temps et éviter des erreurs, notamment de vendre le patrimoine valorisable, sous peine de ne garder que le patrimoine où sont logées les populations les plus défavorisées". Marianne Louis invite, quant à elle, à "intégrer davantage dans la réflexion l’interdépendance entre le parc social et le parc privé, pour mieux expliquer les phénomènes en cours et envisager une politique globale du logement. Thierry Debrand "ne croit pas à une vision à l’anglo-saxonne des pouvoirs publics et considère que "c’est parce que le logement social ne se porte pas si mal que ça, par rapport aux autres pans de la protection sociale que les pouvoirs publics lui demandent un effort plus grand, dans un souci budgétaire de court terme, au risque de déstabiliser un système dont les équilibres reposent sur plusieurs décennies et qui s’inscrit dans le long terme. Le président de Housing Europe se veut "plus prudent sur les mécanismes à l’œuvre, notamment la valorisation du patrimoine, qui peut mettre en danger un système qui fonctionnait bien". "Soyons créatifs pour faire évoluer notre modèle pour qu’il reste une chance pour la France", argue Dominique Duband. Le président du COL, veut croire "que là où il y a volonté politique sur les territoires, des solutions existent", citant la création de zones d’aménagement à Bordeaux ou Bidart. Une dernière vidéo démontre une nouvelle fois la capacité des organismes Hlm à aménager l’espace public pour créer du lien, apporter des solutions au vieillissement avec une offre adaptée, "apporter une qualité de vie plus forte qui bénéficie à l’ensemble de la société", comme le relève la directrice générale de l’USH. Autant d’exemples qui confirment "l’esprit pionnier des Hlm, leur capacité à innover", soulignés par Philippe Bies. Autant d’initiatives, de services que le privé ne propose pas, comme s’accordent à le dire plusieurs intervenants, et que les bailleurs sociaux peuvent offrir à leurs locataires parce que sont des opérateurs de long terme régis par l’intérêt public. Et, comme le confirme les bons résultats d’un sondage réalisé par Kantar public (lire encadré), présentés par Marianne Louis, mettant à bas certaines idées reçues, "la société française mesure combien le logement social est une chance pour la France et pour les Français et doit le rester, afin d’éviter la fragmentation de notre société et de continuer à faciliter le bien-vivre ensemble, pour rester au service de la République". Si le logement social n’existait pas, il faudrait l’inventer.
 

Les Français sont attachés au logement social

Une enquête réalisée par Kantar Public en juin dernier montre sans ambiguïté l’attachement des Français au logement social et la bonne image des organismes Hlm :

  • 89 % des sondés estiment que le logement social « joue un rôle important dans la société française » ;
  • 57% se déclarent « attachés au logement social ou Hlm tel qu’il existe en France aujourd’hui et à ses principes" (70% chez les locataires Hlm) ;
  • 59% ont une « bonne opinion » des organismes Hlm (70% des locataires Hlm) ;
  • plus précisément, une grande majorité de Français estiment que les organismes Hlm « remplissent un rôle essentiel dans les quartiers difficiles" (67%), qu’ils "construisent des logements de qualité" (60%), qu’ils "rendent un service de qualité aux locataires" (56%), qu’ils "rénovent beaucoup de logements" (55%), qu’ils "sont investis dans la transition énergétique et environnementale" (52%) ou encore qu’ils "développent et soutiennent de nombreuses actions sociales pour les locataires" (51%).