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Logement d'abord : enjeux sur l'avenir des résidences sociales AH

Un mois après la présentation du bilan de l’acte 1 du Plan Logement d’abord par le gouvernement(1), la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (DIHAL) a organisé une rencontre sur le thème "Du foyer de travailleurs migrants à la résidence sociale : passé, présent, perspectives". L’occasion de retracer l’histoire de ces foyers et de se pencher sur l’avenir des résidences sociales.

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Dans le contexte du lancement de l’acte 2 du Plan Logement d’abord, le devenir des résidences sociales et la poursuite de la rénovation des foyers de travailleurs migrants est d’actualité. Sylvain Mathieu, délégué interministériel pour l’hébergement et l’accès au logement en a convenu : "2020 va être une année de réflexion générale sur les résidences sociales. Nous souhaitons leur donner un nouvel élan et élargir cet élément indispensable en termes d’accueil, en mettant en avant une mixité de l’occupation et en prenant en compte l’ensemble des besoins".

Retour en arrière : dans les années 50 et au cours des Trente Glorieuses, des foyers de travailleurs migrants sont construits pour accueillir la main d’œuvre venue dans un premier temps essentiellement d’Algérie, puis d’Afrique sub-saharienne, participer à l’effort de construction en France. Conçues pour accueillir des occupants qui, pense-t-on à l’époque, rentreront à terme dans leur pays d’origine, ces foyers vieillissent, comme leurs occupants, qui sont restés en France. Leurs conditions de vie frôlent parfois le mal-logement. En 1997, alors que le débat sur le droit au logement prend corps, l’État lance un Plan de traitement des foyers de travailleurs migrants (PTFTM). En un peu plus de vingt ans, 2,5Md€ sont investis pour transformer ces foyers en résidences sociales, 142 d’entre eux restent à rénover. "Nous espérons finir le Plan de traitement d’ici 2030, reprend Sylvain Mathieu, et investir 170 millions en 2020, collectivement avec les bailleurs".

La troisième période du Plan, actuellement en cours, permettra de traiter l’ensemble des foyers et non une partie de foyers prioritaires comme le prévoyait le PTFTM à son origine, de faire de la problématique du vieillissement un sujet prioritaire, de stabiliser le financement et de mieux intégrer les occupants des résidences sociales dans la société. Pour répondre à cet enjeu, l’architecte Yvan Le Garrec considère qu’"il faut réhabiliter de telle manière que le bâtiment valorise la ville, et qu’une résidence sociale constitue l’espace public de manière positive parce qu’elle va contribuer, autant que l’architecture le peut, à apaiser les tensions avec le voisinage".

Accompagnement, mixité sociale et financement

Pour Pierre-Yves Rebérioux, ancien délégué général de la Commission interministérielle pour le logement des populations immigrées (CILPI), "le cœur du sujet, pendant encore dix ou vingt ans, est bien celui des travailleurs maghrébins vieillissants, qui pose la question du bâti mais aussi du maintien à domicile". Ces enjeux ne pourront être résolus sans "un financement clair, absolu et faisable de la dépendance", selon François-Xavier Albouy, directeur de recherche de la chaire "transition démographique, transition économique"(2), qui estime que "cette question handicape l’intervention des collectivités". L’accompagnement social des résidents âgés est primordial, ainsi que leur accès aux services publics de proximité. Sur ce point, Agnès Fontana, directrice de l’accueil, de l’accompagnement des étrangers et de la nationalité française, précise que "l’accent sera porté cette année sur la lutte contre l’isolement et sur l’animation d’activités au sein des salles polyvalentes".

Interrogé sur la mixité sociale au sein de ces résidences, Arnaud de Broca, délégué général de l’Union professionnelle du logement accompagné précise qu’elle "est intégrée dans la réflexion des gestionnaires et des projets sociaux, dans le modèle de résidences sociales d’aujourd’hui", mais qu’elle dépend aussi des moyens donnés aux gestionnaires pour l’accompagnement des personnes logées, dont les besoins diffèrent. Pour lui, l’enjeu réside avant tout dans la volonté politique de l’État. "Pour le moment, on focalise la politique du Logement d’abord sur les pensions de famille en oubliant le rôle des résidences sociales. Si on arrivait déjà à sanctuariser le budget de 26 M€ de l’aide à la gestion locative sociale (AGLS), sur lequel on prélève 8 M€ pour financer l’hébergement d’urgence, je pense qu’on permettrait aux résidences sociales de mieux fonctionner et de mieux réaliser leurs missions".

(1) Lire Actualités Habitat du 16 février 2020, p. 21.
(2) La chaire "transition démographique, transition économique" fait partie de la Fondation du Risque, au sein du groupe Louis Bachelier, du Réseau Paris Sciences Lettres de l’université Paris-Dauphine.