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Lutte contre le séparatisme islamiste : le projet de loi initierait "une réforme profonde" du logement social AH

Le président de la République a dévoilé, le 2 octobre aux Mureaux, les grands axes du projet de loi de lutte contre le séparatisme islamiste qui sera présenté le 9 décembre en Conseil des ministres. Il annonce une réforme du logement visant semble-t-il à favoriser la mixité sociale.

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La Marianne, fresque de l’artiste nivernais Keusty, dans le quartier de La Grande Pâture à Nevers. © Nièvre Habitat

"Ce texte doit porter une réforme profonde de notre organisation en matière de logement, en particulier de logement social", a averti Emmanuel Macron, le 2 octobre aux Mureaux, à propos du projet de loi que présentera le 9 décembre le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, visant à lutter contre le séparatisme islamiste. "Nous ne pouvons pas continuer d’ajouter la pauvreté à la pauvreté", a-t-il justifié pour "changer radicalement nos textes".

Si rien de concret n’a été dévoilé ce jour-là, le Président a évoqué dans la première partie de son discours "les choses telles que je les vois", qui serviront de cadre à l’action du gouvernement et d’exposé des motifs au projet de loi.

Le grand retour des "ghettos"

"Nous avons nous-même construits notre propre séparatisme : c’est celui de nos quartiers", estime Emmanuel Macron. Selon lui, la République a "laissé faire" ce qu’il nomme "la ghettoïsation", accusant les "politiques de peuplement" d’en être à l’origine "avec initialement les meilleures intentions du monde". Si bien que, "malgré les efforts des élus et des préfets de la République, nous n’avons pas pu recréer suffisamment de mixité, et surtout nous n’avons pas réussi à aller aussi vite que ce phénomène (de concentration des difficultés), en termes de mobilité éducative et sociale". Et ce serait, estime le Président, parce que "la promesse de la République n’a pas été tenue" dans ces quartiers, du fait notamment du "recul" des services publics, que "les organisations porteuses d’un islam radical s’y sont méthodiquement substituées" dans les domaines de l’éducation des enfants, l’apprentissage de la langue d’origine, l’accompagnement des personnes âgées, l’offre de sport... "Sur nos reculs, parfois sur nos lâchetés, ils ont construit leur projet", a-t-il déclaré, pointant "les insuffisances de notre politique d’intégration, de nos luttes contre la discrimination, du racisme comme de l’antisémitisme, l’un nourrissant l’autre".  

Aller plus loin, notamment via l’Anru

Pour faire face, Emmanuel Macron veut "aller plus loin" sur des dispositifs déjà engagés : le dédoublement des classes (étendu aux élèves de grande section), les cités éducatives (40 seront créées, en plus des 80 déjà ouvertes), les maisons France Services (300 en plus des 530 déjà labellisées), la pérennisation des opérations "Quartiers d’été", et l’Anru qui bénéficiera d’un "investissement supplémentaire" (en plus des 10 milliards déjà décidés) sans plus de précision.

Emmanuel Macron a indiqué qu’une "part" du Plan de relance "ira à ces quartiers de la République" pour initier des "changements profonds", notamment dans les domaines de la transition numérique et environnementale.

Tout cela fait partie du 5e axe - intitulé le retour de la République - de la politique de lutte contre le séparatisme islamiste présentée par le Président. Il y en a quatre autres, au fondement du futur projet de loi.

Les associations dans le viseur

Le premier axe porte sur la "neutralité du service public". À ce titre, l’obligation de neutralité serait étendue aux salariés des entreprises délégataires de services publics.

Le deuxième axe vise les associations (sportives, culturelles, linguistiques, aide alimentaire…) qui "déploient en réalité des stratégies assumées d’endoctrinement". La future loi permettrait d’en renforcer les contrôles et, en cas de dissolution, de les obliger à rembourser les subventions publiques dont elles auraient pu bénéficier.

Dans le troisième axe, sur l’école, il est par exemple prévu un contrôle accru des écoles hors contrat et une instruction à l’école obligatoire pour tous dès 3 ans.

Le quatrième axe entend "bâtir enfin un islam en France qui puisse être un islam des Lumières". Dans ce cadre, les financements pour la construction des mosquées seraient davantage contrôlés et ceux venant de l’étranger seraient encadrés.

Séparatisme et stupéfiants

Les plans de lutte contre la radicalisation déployés "à bas bruit" dans 15 quartiers à partir de fin 2017 ont donné des résultats : 212 débits de boisson, 15 lieux de culte, 4 écoles et 13 associations ont été fermés, "des centaines" de contrôles réalisés et "des millions d’euros" saisis. Ces plans sont désormais étendus au territoire national, des cellules de lutte contre l’islamisme et le repli communautaire ont été installées l’hiver dernier dans chaque département. Depuis le 1er janvier 2020, 400 contrôles ont été effectués, 93 fermetures prononcées.

Enfin, Emmanuel Macron a souligné que la lutte contre le séparatisme islamiste est "un travail jumeau" de la lutte contre les stupéfiants et contre les bandes organisées. "Bien souvent, ces réseaux d’un islam radical sont financièrement organisés en lien avec les stupéfiants, en lien avec une économie qui les nourrit et organise les propres désordres du quartier ou son propre ordre parallèle".

En savoir plus : Repères 73 sur la laïcité