L'Union sociale pour l'habitat
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“Nous sommes à la limite du modèle”, interview de Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon AH

Croissance économique et démographique ont contribué au renchérissement des prix du foncier et du logement. La Métropole de Lyon s’est fixé pour objectif de réaliser 5000 logements sociaux et 1000 BRS par an, à la fin du mandat de son président écologiste, Bruno Bernard. Échange avec un élu déterminé à relever le défi, tout en appelant le pays à “renouer avec une grande politique d’aménagement du territoire”.

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La métropole de Lyon est très attractive. Comment le territoire absorbe-t-il la pression démographique ?

La métropole a effectivement connu une croissance très forte, avec toujours plus de création d’emplois et toujours plus d’habitants. Depuis une décennie, elle accueille chaque année 12000 nouveaux habitants. Nous sommes à la limite du modèle. Quelle que soit la politique d’un maire, ou d’un élu métropolitain, si on ne retouche pas la logique d’équilibre territorial de notre pays, on ne répondra pas aux besoins et on ne répondra pas aux problèmes engendrés par cette croissance : des problèmes de disponibilité et de prix du foncier, des problèmes de pollution et de mobilités, une insuffisance d’équipements publics du fait de la croissance démographique et économique...

Notre pays a besoin de renouer avec une grande politique d’aménagement du territoire, pilotée par l’État avec les collectivités locales.

En Auvergne-Rhône-Alpes, où la croissance démographique accompagne la croissance de l’activité économique, les classes populaires ont du mal à se loger. La situation du logement social s’est considérablement dégradée. On dénombre aujourd’hui 71000 demandeurs de logements sociaux sur la Métropole. Du point de vue de l’offre, on compte un logement social disponible pour dix demandes, contre un pour quatre il y a 10 ans.

Comment répondez-vous à cette forte demande de logement social ?

Notre objectif, très ambitieux, est de réaliser 5000 logements sociaux et 1000 logements en accession abordable via le bail réel solidaire, par an, en fin de mandat. Nous sommes pour cela sur plusieurs fronts. Nous menons une politique d’action foncière offensive - nous achetons, nous préemptons - dans laquelle nous avons engagé 80 millions d’euros en deux ans.

Nous avons retouché plusieurs grands projets urbains en augmentant la part de logements sociaux et de BRS, pour parvenir jusqu’à 50 à 60% de logements abordables et même 100% sur le projet de reconversion du collège Maurice Scève dans le quartier de la Croix-Rousse où le taux de logement social est de 15%. Nous avons stoppé le programme de Vinci Immobilier retenu en 2019, qui comprenait 93 logements dont 30% de logement social. Il se construira finalement 105 logements sociaux dont 60% en BRS.

Le PLU-H est révisé pour accroître la part réservée au logement social - incluant le BRS - dans tous les secteurs de mixité sociale définis dans l’agglomération. Nous allons renégocier à la hausse, dans chaque commune, les secteurs de mixité sociale. Nous subventionnons des équipements municipaux (écoles, crèches, parcs…) pour maintenir - et parfois améliorer - le niveau de services publics nécessaires à l’accueil des nouveaux habitants. La Métropole a dégagé un budget de 10 millions d’euros par an pour financer ces équipements municipaux.

Au-delà des logements Hlm, il nous faut rendre abordable le logement dans le parc privé. Cela passe par l’encadrement des loyers, qui s’applique à Lyon et Villeurbanne depuis le 1er novembre 2021, avec la mise en place d’une brigade pour le faire respecter. J’ai également écrit à un millier de propriétaires de logements vacants à Lyon et Villeurbanne pour leur proposer de gérer leurs biens via le dispositif d’intermédiation locative dans le cadre du Logement d’abord et lutter contre la spéculation immobilière et foncière générée par l’offensive de fonds d’investissement. Enfin, nous avons une action forte contre l’habitat indigne, avec de nombreuses procédures judiciaires engagées contre les marchands de sommeil. Nous expérimentons dans ce cadre le permis de louer à Saint-Priest.

Comment se pose le débat sur la densité dans la Métropole de Lyon ?

Nous souhaitons désartificialiser les sols et densifier les sites accessibles rapidement en transports en commun. Le citoyen de la Métropole de Lyon, comme partout, est favorable à ce principe mais voit d’un mauvais œil tout ce qui se construit à côté de chez lui. Le débat se pose projet par projet, pour convaincre et lever les réticences.

C’est pour cela que nous avons lancé une grande concertation autour du Livre blanc de l’habitat : pour associer les habitants aux politiques que nous menons. Nous avons engagé des actions importantes en matière de rénovation, par l’intermédiaire du dispositif Écoréno’v. 20000 logements en ont déjà bénéficié, dont 8000 dans le parc social, pour un montant de subventions versées de 60 millions d’euros. Nous avons engagé également un grand plan de végétalisation: plus de 2000 arbres et arbustes ont été plantés dans le parc social et privé cette année.