L'Union sociale pour l'habitat
Chargement en cours

Quelle politique pour le prochain quinquennat ? AH

Six mois avant l’élection présidentielle, les participants à la plénière Logement, quels défis pour les cinq ans à venir ? ont été invités à regarder dans le rétroviseur la politique du logement des cinq dernières années, pour se projeter dans un prochain quinquennat plus vertueux.

Lire l'article

“Depuis trente ans, on n’a jamais construit aussi peu de logements sociaux. Si on ne parvient pas à donner un coup de boost, dans deux à cinq ans, il y aura une crise sociale majeure”, prédit Olivier Salleron, président de la Fédération française du bâtiment (FFB). Les réglementations récentes, selon lui, risquent de renchérir le prix : loi Climat et Résilience, futures RE 2020 et filière de responsabilité élargie du producteur (REP) des produits et matériaux de construction… qui s’ajoutent aux difficultés actuelles de pénurie des matériaux et du foncier, et à la crise de l’énergie. La situation inquiète également Christophe Robert : “La flambée actuelle des coûts de l’énergie est une catastrophe pour les ménages de catégorie modeste. La situation sociale, de même que les inégalités ou la ségrégation territoriale ont évolué dans le mauvais sens”, déplore le délégué général de la Fondation Abbé Pierre. Sur l’effondrement du nombre de logements construits (lire aussi en page 12), Romain Biessy, prési-dent du Conseil social de l’USH, évoque “un symbole fort”, avec “le désengagement total de l’État du Fonds national de l’aide à la pierre”. Pour lui, les questions environnementales et d’aménagement du territoire sont liées, les métropoles devenant des “mégapoles qui créent de l’exclusion”. Le Premier ministre lui-même en convenait dans son discours d’ouverture : “Continuer de créer des emplois dans les métropoles tout en y freinant la construction, c’est tout simplement accepter, et même organiser, l’éviction des plus pauvres en dehors des villes et des métropoles”, et entretenir un “insupportable sentiment de relégation”, tandis que “nous devons aussi lutter impérativement contre l’artificialisation exagérée des terres agricoles et naturelles”.

Associer économie et écologie

Alors quelle politique du logement pour demain ? “On n’attend pas la même politique qu’il y a cinq ans, constate Christine Leconte, présidente du Conseil national de l’Ordre des Architectes d’Île-de-France, parce qu’entre les deux, il y a eu les gilets jaunes, la crise sanitaire, les confinements… le révélateur d’une attente sociale sur la qualité de là où on habite.” Dénonçant la baisse de la qualité des logements depuis une dizaine d’années, elle déplore que “le logement (soit) passé d’un habitat à un produit économique”. Romain Biessy dénonce, lui, “un manque d’esprit d’anticipation, de stabilité et de financement” qui contraint les acteurs à “subir une politique de restrictions qui ne voit que le court terme et la rentabilité maximum des projets alors que le logement et l’habitat se situent dans un projet à long terme”. Pour lui, demain, il faudra que le modèle de l’équilibre économique sur lequel reposent les opérations de construction “associe aussi le bilan carbone du projet”. L’enjeu, selon Christine Leconte, sera de “gérer en même temps crise du logement et crise écologique”. Elle plaide pour que l’État soutienne la création de filières françaises de matériaux biosourcés.

La députée Sylvia Pinel, ancienne ministre du Logement, suggère de “redonner un vrai pouvoir au ministère du Logement pour en faire une priorité. Il faut couper la tutelle budgétaire de Bercy et ne pas regarder la politique du logement que comme une politique comptable”, en se positionnant dans le temps long.

Pour avoir de la “visibilité et de “l’ambition”, Christophe Robert propose de s’appuyer sur trois leviers, à commencer par “une réflexion collective sur la question de la régulation globale des marchés”, évoquant l’encadrement des loyers et la maîtrise des coûts de l’énergie. Deuxième levier, il souhaiterait voir “monter en puissance la politique du Logement d’abord”, déplorant que “ce plan ait été contrarié par la baisse des APL et des moyens sur le logement social”. À l’instar de Sylvia Pinel qui souhaite “fluidifier les parcours résidentiels”, il plaide enfin pour la relance de l’accession sociale à la propriété.

Audition des candidats et Jury citoyen

Toutes ces pistes seront défrichées lors d’un “temps de réflexion interne au Mouvement, sur la notion d’être utiles ensembles”, dans le même esprit que la grande concertation engagée par le Mouvement Hlm au début de la crise sanitaire. La démarche débutera “d’ici un mois”, a annoncé le 6 octobre Emmanuelle Cosse, lors du Congrès digital, “avec des débats en région et un travail de l’USH et des organismes, pour formuler nos demandes et notre vision”. Les conclu- sions seront soumises à un jury citoyen, et les propositions finales adressées aux candidats. Lesquels seront auditionnés le 9 mars au cours d’une journée partenariale organisée avec la FFB et la Fondation Abbé Pierre.