L'Union sociale pour l'habitat
Chargement en cours

Raison d'être - Une mission : loger la France telle qu'elle est AH

La réactivité des organismes Hlm durant la pandémie de Covid-19 a été reconnue et saluée par le gouvernement au cours du Congrès. Le Mouvement Hlm y a gagné quelques lettres de noblesse. Sa mission ne pourrait cependant se résumer à celle d’amortir les crises.

Lire l'article

“Pendant ces mois de crise sanitaire, les bailleurs ont paré à l’urgence, ont été présents pour leurs locataires : vous avez assuré le service public du logement”. Emmanuelle Wargon, comme le Premier ministre, n’a pas manqué de souligner, à plusieurs reprises, l’exemplarité des organismes Hlm durant la pandémie, dès le confinement du printemps 2020. “Je sais le rôle qui a été le vôtre pendant cette crise. Je pense, bien sûr, aux gardiens d’immeuble qui sont toujours restés mobilisés, en première ligne pour maintenir les services aux locataires dont ils ont été parfois le seul lien avec l’extérieur. Je pense aux équipes chargées de la gestion locative qui ont tout fait pour ne pas freiner les attributions en cours et donc ne pas pénaliser les demandeurs en attente”, avait reconnu Jean Castex en ouverture du Congrès, soulignant également “le rôle que vous avez joué grâce à l’accompagnement social dans la détection et donc la prévention des fragilités, en évitant ainsi à beaucoup de nos concitoyens de tomber dans la spirale infernale des impayés”.

Des paroles non seulement réconfortantes, mais surtout qui “participent à la reconnaissance du Mouvement dans sa fonction sociale et sa mission d’intérêt général”, ainsi que l’a souligné Valérie Fournier, présidente de la Fédération des ESH.  

Pain, masques, étalement des impayés…

De fait, plusieurs rencontres organisées pendant le Congrès sont revenues sur ce printemps 2020 où “il a fallu réagir rapidement, et cette difficulté s’est transformée en force”, témoigne William Hochedez, chef du service prévention sociale et contentieux locatif chez Érilia. Les initiatives furent diverses : prise de nouvelles régulières auprès des locataires isolés ; soutien scolaire ; portage de pain, de paniers alimentaires, de kits hygiène ; confection et financement de masques ; adaptation des conditions de réalisation des états des lieux ; report de la régularisation des charges, adaptation des provisions de charges, mobilisation d’aides ou redirection de certains publics vers les FSL et CCAS... “94% des organismes de logement social ont mis en place des mesures en faveur des locataires en fragilité économique”, a indiqué Catherine Hluszko, cheffe de mission partenariats et innovation à l’USH. De nouveaux publics, qui n’avaient pas l’habitude d’être accompagnés, sont apparus : travailleurs indépendants, entrepreneurs, étudiants. Heureusement, “la proportion globale d’impayés n’a pas crû autant que ce que nous craignions, ce qui signifie que les dispositifs d’étalement ont servi d’amortisseur”, selon Catherine Hluszko.

S’il y a tout lieu de se réjouir de la réactivité des organismes Hlm, et des perspectives qu’elle suscite en termes de relations aux locataires et de réorganisation interne (voir p. 48), “attention à l’ancrage de certaines familles dans les impayés et dans la pauvreté, qui risque de se traduire dans cinq à dix ans”, alerte Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre. Selon lui, en effet, “la bombe à retardement du Covid n’a pas explosé”. Pour la déminer à temps, “le bailleur social peut s’appuyer sur ses propres ressources, mais aussi aller chercher des partenaires auprès de tiers qui jouent le rôle de contre-pouvoir”, propose-t-il.

Il ne s’agirait pas de saper les premiers résultats du programme Logement d’abord qui, depuis 2018, a permis à 290 000 personnes d’accéder à un logement ou à un hébergement, dont 174 000 à un Hlm. “Heureusement que le Mouvement Hlm existe !”, s’est réjoui Sylvain Mathieu, délégué de la Dihal (Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement) et pilote du service public de la rue au logement. “Loger, c’est contribuer à la stabilisation de la personne et à casser la spirale de la pauvreté”, rappelle-t-il, soulignant la “place du Mouvement Hlm dans la construction de leur avenir”.

Parcours résidentiel des jeunes

La construction de leur avenir :  voilà bien un enjeu qui parle autant aux personnes âgées en perte d’autonomie (voir encadré ci-contre) qu’aux jeunes, étudiants puis primo-salariés. Catherine Mauguien-Sicard, vice-présidente de Limoges Métropole, évoque ainsi “une population qui ne pense même pas au logement social : le couple de jeunes actifs qui n’a pas droit à l’APL”. En tant qu’élue locale préoccupée aussi par la dévitalisation urbaine, elle les verrait bien habiter dans des bâtiments de cœur de ville aujourd’hui vacants, que les bailleurs sociaux pourraient acquérir et réhabiliter au goût de ce public prescripteur d’attractivité territoriale. Même souci en Gironde, “on ne parvient pas à loger les couples de jeunes”, témoigne Martine Jardiné, vice-présidente du Conseil départemental et présidente de Gironde Habitat, ni à les accompagner quand la famille s’agrandit. Et à cet âge, tout peut aller très vite. En l’espace de 4-5 ans, soit le délai pour obtenir un logement social dans certains territoires très tendus, la même personne devrait pouvoir loger en résidence étudiante et/ou en foyer de jeunes travailleurs, puis dans un T1 proche de son travail en débutant dans la vie active, en T2 lorsqu’elle se met en couple, en T3 à l’arrivée du premier enfant, puis en accession sociale à la propriété lorsque le revenu familial est stabilisé… et éventuellement retourner dans le locatif social après un divorce. L’exigence est considérable. Est-elle à portée de main ?

'

“Heureusement que le Mouvement Hlm existe !”. Sylvain Mathieu, délégué de la Dihal. © USH

 

Pour Amélie Debrabandère, qui attire aussi l’attention sur ces jeunes “boomerang” retournés vivre chez leurs parents durant la pandémie (et qui désormais voudraient reprendre leur envol là où ils l’avaient laissé), la question revient à celle de l’insuffisance de l’offre (voir notre rubrique “Construire” p. 12). Reste que, pour la directrice générale de SIA Habitat, “les bailleurs sont des maîtres d’ouvrage de premier ordre, les seuls à penser le logement dans ses qualités d’usages avec en ligne de mire toujours plus d’inclusion et de mixité”. Ce sont par exemple “les seuls qui iront construire demain, dans des petites ruralités, un peu de logement adapté, pour accompagner les personnes âgées de ces territoires”.

'

“Les bailleurs sont des maîtres d’ouvrage de premier ordre, les seuls à penser le logement dans ses qualités d’usages avec en ligne de mire toujours plus d’inclusion et de mixité”. Amélie Debrabandère, directrice générale de SIA Habitat. © USH

Attributions, peuplement et mixité

Interrogée en conférence de presse sur la question des attributions, Emmanuelle Wargon a déclaré : “Nous avons un point d’équilibre à trouver, qui n’est pas facile, entre l’exigence de mixité sociale à travers les attributions aux publics prioritaires qui sont très nombreux et la manière dont cela se dessine à l’échelle géographique, y compris dans une ville ou une intercommunalité, car le sujet des attributions, c’est aussi le sujet de la politique de peuplement”. En l’occurrence, la ministre du Logement ne serait “pas totalement sûre que nos outils permettent d’y répondre vraiment bien”. Et même si “la gestion en flux et la cotation aideront”, elle serait prête à “aller encore plus loin dans la remise à plat du système des attributions”. Ce n’est pas pour tout de suite, à ce jour, l’heure est au pragmatisme : “Ce qu’on va faire dans les six prochains mois, c’est de lancer l’opérationnalité de la gestion en flux et de la cotation”.

“Il y a bien longtemps que, heureusement, on se soucie des travailleurs clés en commissions d’attribution”, a rappelé Jean-Yves Mano. Non seulement pour leur confort de vie et pour le bon fonctionnement des services essentiels du pays, mais aussi pour la mixité du quartier, son attractivité et plus généralement “faire accepter le logement social dans la population”, ajoute l’ancien adjoint au Logement de la Ville de Paris, aujourd’hui président de la CLCV. Il a insisté sur la responsabilité des membres des commissions - où siègent les représentants des locataires - lorsqu’il faut “trier”. Car en période de pénurie (en l’occurrence pénurie de logements sociaux, mais les congressistes avaient naturellement en tête les “tris” effectués dans les hôpitaux au plus haut de la crise sanitaire) : “Choisir c’est éliminer”. Et pour Jean-Yves Mano, “on est partis pour de longues années de tri, et donc de choix à assumer”.

“Quand ils sont trop nombreux, y aurait-il un problème ?”

L’ancien élu local a également souligné que “les élus accueillent leur propre population”, rebondissant sur le fait que 84% des demandeurs de logement social habitent déjà dans l’EPCI où ils déposent leur dossier. Un chiffre livré par Marianne Louis, déléguée générale de l’USH, avec ce commentaire : “Voilà un argument qui tord le cou à une idée reçue et aux maires qui disent “je ne veux pas construire de Hlm parce que je ne veux pas attirer des pauvres” : ils ne les attirent pas, ce sont déjà leurs concitoyens qui veulent se loger en Hlm !”. En plus de ces maires qui ont peur d’accueillir de nouveaux habitants - a fortiori de nouveaux venus qui risqueraient d’égratigner l’entre-soi local - il en est d’autres qui essaient de se débarrasser de leurs “indésirables’’, par exemple en freinant le relogement des habitants dont les logements ont été démolis dans le cadre de projets Anru. Ceux-là “ne jouent pas le jeu, dénonce Emmanuelle Cosse, les bailleurs sociaux ne veulent pas que la démolition, faute de reconstruction, conduise à une baisse du parc”.

La présidente de l’USH est également remontée contre la décision prise en CIV du 29 janvier 2020 (Grigny) de ne plus accorder d’agréments aux communes dont le taux de logement social est supérieur à 40% au motif de “ne pas concentrer la pauvreté”. “Qu’est-ce qui est mieux : vivre dans un logement privé insalubre dans une ville à 30% de logement social ou dans un logement social de qualité dans une ville à 45% de logements social ?”, interroge la présidente de l’USH, tandis que Jean Castex assurait que tout cela était “mis en application avec tact, selon les besoins des territoires, de manière à accompagner en particulier les projets qui permettent de lutter contre l’habitat indigne ou dégradé et de reloger des ménages dont le logement est voué à la démolition”. Reste que “c’est un message stigmatisant envoyé aux locataires Hlm, aux habitants des quartiers”, a estimé Emmanuelle Cosse. Et d’ajouter, dans un sourire provocateur : “Quand ils sont trop nombreux, y aurait-il un problème ?”

Ce n’est naturellement pas dans un Congrès Hlm qu’on la contredira. Le Mouvement constitue “la plus grosse machine à cohésion du pays”, a résumé Jean-Louis Borloo, père de l’Anru, ancien - et plusieurs fois - ministre, dont la parole est toujours chaleureusement applaudie (voir aussi p. 30) à défaut d’être toujours écoutée(1).

(1) Voir les suites de son rapport remis en 2018 au président de la République, “Vivre ensemble, vivre en grand pour une réconciliation nationale”, rédigé après une concertation auprès des acteurs de la politique de la ville, qui avait suscité beaucoup d’espoirs.

 

Aller vers les “invisibles” pour détecter leurs besoins

Comment modéliser les besoins d’une génération qui a connu la guerre et qui n’est pas accoutumée à l’idée de service ? “La question est d’abord de repérer les “invisibles” : ces locataires qui payent leur loyer, ne posent pas de problèmes, sont discrets… et sont donc peu connus des bailleurs”, explique Pascal Gallard, directeur de l’Association régionale (AR) des Hlm pour la région PACA & Corse. Pour écouter leurs besoins, les classifier et repérer les fragilités, il faut aller au domicile des seniors. C’est pourquoi nous travaillons avec des financeurs tels que la Carsat ou AG2R, afin de modéliser des services.”

Historiquement, l’AR et la Carsat Sud-Est ont commencé à travailler ensemble sur les questions de santé au travail, notamment l’amiante. En 2018, ce partenariat s’est structuré pour mieux accompagner les travaux d’adaptation des logements au vieillissement et l’entrée dans la dépendance des locataires âgés. Aujourd’hui, 12 bailleurs ont conventionné sur des projets et chaque convention conclue entre la Carsat et un bailleur est personnalisée.

Pour Hélène Quenouille, directrice de l’USH Centre-Val de Loire, “la question du service est un enjeu démographique autant que sociologique, car on s’adresse à une génération qui a connu les privations et que ne se sent pas légitime pour bénéficier de services. Nous devons donc développer des techniques pour le recueil des besoins, et de la prospective pour les seniors de demain.”