L'Union sociale pour l'habitat
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Rapport 2017 de l'ONPV : zoom sur la mobilité résidentielle AH

Le 20 juillet dernier, le président de l’Observatoire national de la politique
de la ville, Jean-François Cordet, a remis le troisième rapport de l’Observatoire au ministre de la Cohésion des territoires, avec un zoom spécifique (167 pages), sur la mobilité résidentielle des 5,4 millions d’habitants résidant dans un des 1 514 quartiers prioritaires de la politique de la ville.

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Le rapport est consultable sur http//publications.onpv.fr/RAPPORT_2017

Rédigé à partir de la compilation de sept analyses statistiques réalisées par l’Insee, la CGET, la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, le Laboratoire aménagement économique transport, les CAF, les agences d’urbanismes de Lyon et de Grenoble, dédiées à la mobilité, la nouvelle édition du rapport de l’ONPV, confirme "que les quartiers prioritaires de la politique de la ville ne sont pas des “nasses” pour les habitants et qu’ils jouent le plus souvent un rôle de “sas”", pour reprendre les mots de Jean-François-Cordet en avant-propos.

Premier enseignement : le taux de mobilité des ménages des QPV de métropole se distinguent peu de leur environnement en matière de mobilité : en moyenne, 12,6% des habitants des quartiers prioritaires ont déménagé contre 12,1% pour leurs voisins des mêmes unités urbaines. Mais derrière cette moyenne se cachent des disparités de comportement des habitants selon les agglomérations et les quartiers. Ainsi, la mobilité dans les quartiers des "centres anciens" caractérisés par une faible part de logements sociaux, une vacance plus élevée et une taille plus faible que dans le reste de l’agglomération, est plus élevée (18%) que dans ceux "des banlieues éloignées des grandes unités urbaines" qui concentrent une proportion importante de logements sociaux (11%).

Deuxième enseignement : le rôle déterminant du parc social. En effet, 59% des ménages mobiles des QPV emménagent dans un logement hors QPV et parmi eux, 41% restent dans leur quartier et un tiers déménage dans un autre QPV. Mais près des deux tiers des locataires Hlm qui déménagent restent dans un logement Hlm. À noter aussi qu’en cas de mobilité, la distance moyenne parcourue par les habitants du parc social est plus courte qu’en dehors du parc social (2,2 km contre 4,4), ce qui s’explique par la forte présence des logements sociaux dans les quartiers prioritaires. Les distances sont plus longues lorsque les individus quittent un appartement pour une maison ou deviennent propriétaires.

Troisième enseignement : les motifs des déménagements. Sur les 30% des résidents des zones sensibles urbaines qui disent vouloir déménager (essentiellement des locataires), un tiers passe à l’acte. Leurs motivations : un logement trop petit (44%), le sentiment d’insécurité du quartier (22%), la vétusté du logement (16%), le bruit (16%), le coût (14%) ou l’école. Avec des approches différentes selon les publics. Les jeunes mettent en avant leur insatisfaction vis-à-vis du quartier et les plus de 50 ans, les problèmes liés à leur immeuble. À noter aussi que 47% des habitants des ZUS souhaitent déménager hors de la commune no-tamment les jeunes. Les plus de 50 ans privilégient la proximité de leur logement actuel.

Quatrième enseignement : les migrations résidentielles. En quartier prioritaire comme ailleurs, les changements de situation familiale et la nécessité d’adapter le logement à la composition familiale jouent un rôle moteur dans les mobilités résidentielles. Le niveau de vie médian des partants d’un quartier prioritaire est généralement supérieur à celui des résidents du quartier dans la quasi-totalité des quartiers étudiés. Contrairement aux intentions de déménagement plus fréquentes parmi les ménages qui "y arrivent difficilement", ce sont les ménages qui s’en sortent financièrement qui déménagent le plus souvent. Ces ménages se caractérisent généralement par une stabilité familiale et professionnelle. Ils vivent en couple, sont en emploi. Et les familles les plus favorisées emménagent plus fréquemment dans un quartier hors ZUS. Les nouveaux arrivants sont plus jeunes que la population résidente : 70% ont moins de 35 ans en moyenne alors que seulement 55% de la population du quartier est en dessous de cet âge. Ils sont également plus précaires et plus pauvres : 31% d’entre eux sont bénéficiaires du RSA contre 27% des partants et leur revenu moyen est de 948 € contre 1 060 € pour les partants. Ce constat est particulièrement vrai pour les quartiers Hlm de banlieues éloignées, notam-ment l’unité urbaine de Paris et les quartiers périphériques de petites adresses. Dans quelques quartiers prioritaires, notamment "en centres anciens", les arrivants disposent d’un niveau supérieur : l’attractivité du centre-ville attirant les actifs.

Des fiches thématiques

Une seconde partie du rapport compile 42 fiches thématiques sur chacun des piliers de la politique de la ville, avec l’appui des nombreuses instances présentes au Comité d’orientation de l’ONPV et de nombreux partenaires de la politique de la ville, tels l’Agence du service civique, l’Observatoire de la lecture publique, le Service statistique ministériel de la sécurité publique ainsi que des prestataires extérieurs à qui des missions ont été confiées (étude sur la place des associations dans les conseils citoyens, coûts et bénéfices de la gestion urbaine de proximité…). Avec pour objectif "d’élargir la connaissance des habitants des quartiers prioritaires et de parvenir, peu à peu, à une véritable évaluation de l’effet des politiques publiques sur les conditions d’existence des habitants, grâce aux études de cohortes sur le moyen et long terme", comme l’indique le président de l’ONPV.

Que retenir ?

  • Sur la cohésion sociale. Les habitants des quartiers prioritaires sont davantage touchés par des fragilités sociales, avec un taux de pauvreté trois fois plus important (42,6% en quartiers prioritaires contre 14,5% en France métropolitaine) et des bénéficiaires de RSA deux fois plus nombreux (27,1% contre 13,6%). Par ailleurs, les quartiers prioritaires abritent 23% de la population pauvre pour 8% de l’ensemble de la population. De plus, 10% de la population de ces quartiers déclarent bénéficier d’une reconnaissance administrative du handicap contre 6,2% dans le reste des agglomérations. Ils sont également deux fois moins nombreux à pratiquer un sport dans le cadre d’une fédération. En revanche, ils sont 13,3% d’engagés volontaires en service civique, alors que la population cible ne représente que 9,8% dans les QPV.
  • Sur le cadre de vie et le renouvellement urbain. Seuls 6% des habitants des quartiers prioritaires sont très satisfaits de leur cadre de vie, contre 24% dans les autres quartiers, et un sur dix se dit "pas satisfait du tout". Leur état de santé, la qualité de l’habitat et le niveau de chômage les préoccupent plus encore que la moyenne des Français. Ce sentiment est renforcé par leur perception de l’insécurité : l’intensité de la délinquance enregistrée est en moyenne plus élevée et singulièrement plus forte qu’ailleurs pour les infractions à la législation des stupéfiants, les violences et les dégradations. Quant au renouvellement urbain, le PNRU est en voie d’achèvement et les transformations opérées dans le cadre de ce programme sont globalement bien perçues par les habitants. Et le NPNRU, concerne un tiers des QPV.
  • Sur le développement de l’activité économique et de l’emploi. Le chômage diminue dans les quartiers prioritaires : le taux de chômage est passé de 26,7% en 2014 à 25,3% en 2016, et le taux d’emploi reste stable. Néanmoins, les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation représentent toujours 29% des 15 à 29 ans des QPV ; un taux 2,5% supérieur à celui des autres quartiers.