L'Union sociale pour l'habitat
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Rapport de l'Observatoire national de la politique de la ville AH

40 ans après le lancement de la politique de la ville, l’édition 2018 du rapport de l’Observatoire national de la politique de la ville (ONPV) s’intéresse au développement économique et à l’emploi dans les quartiers prioritaires, longtemps considérés comme un des maillons faibles de cette politique. Chiffres à l’appui, ce rapport montre que si d’importantes difficultés subsistent, un rééquilibrage est à l’œuvre.

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Dans ces quartiers prioritaires, où résident, par construction(1), les habitants les plus pauvres des territoires urbains, "le parcours personnel cumule les handicaps dès les premières années : cursus scolaire peu linéaire, moindre réussite, orientations vers des filières professionnelles plus que vers les filières générales, poursuite d’études supérieures moins fréquente et niveaux de diplômes atteints plus faibles, insertion professionnelle plus difficile. Autant d’obstacles qui conduisent au constat d’un taux de chômage deux fois et demie plus élevé, de conditions d’emploi plus précaires et d’une capacité de création d’entreprises moins nombreuse, souligne Jean-François Cordet, président de l’ONPV. Mais les politiques publiques, conduites aussi bien au niveau national qu’au niveau local, expliquent en grande partie l’amélioration de la situation des habitants année après année", poursuit-il. Cependant, comme en attestent la multitude de statistiques présentées dans ce rapport, les différences restent encore importantes.

  • Des niveaux de formation plus faibles. Trois quarts de la population de plus quinze ans non scolarisés, sont peu ou pas diplômés (sans diplôme ou titulaires d’un diplôme inférieur au baccalauréat) contre un peu plus de la moitié dans les unités urbaines englobantes. Mais cet écart se réduit pour les jeunes générations. En 2013, ils n’étaient plus que de 46% contre 23% pour les jeunes sortant de scolarité. Et ils étaient 38% à entamer des études supérieures en QPV contre 59% dans les autres quartiers urbains. Par ailleurs, dès l’orientation au collège, les jeunes des QPV se dirigent plus fréquemment vers des voies professionnelles (64% contre 58%) ; mais les titulaires d’un bac pro, issus des quartiers, sont plus nombreux à poursuivre leurs études après le bac. S’ils échouent plus fréquemment dans leurs études supérieures (34% contre 20%) et si les diplômes obtenus sont de niveau plus faible que leurs homologues des autres quartiers, ils sont néanmoins 38% à être diplômés Bac+5, contre 41% pour les étudiants résidant ailleurs dans l’agglomération.
  • Des parcours d’insertion professionnelle plus erratiques. Trois ans après leur sortie de formation initiale, 37% des jeunes des QPV, au moins bacheliers, ne travaillent pas contre 22% pour les autres ; la situation est encore plus délicate pour les moins diplômés, puisque trois quarts des jeunes ayant quitté l’école sans diplôme sont sans emploi. Et ceux qui sont titulaires d’un CAP ou BEP ont plus de difficulté à trouver un emploi que ceux des autres quartiers. La situation des femmes est encore plus défavorable.

Résider en QPV semble bien avoir un effet négatif sur l’insertion professionnelle. Différents testings mettent en évidence des effets de réputation et des pratiques discriminatoires.

  • Un taux de chômage plus élevé. Si en termes d’évolution, le taux de chômage en QPV suit la tendance du taux de chômage de la France métropolitaine, son niveau est plus élevé que dans les autres quartiers : 24,7% contre 9,2%, en 2017. Cependant, pour la troisième année consécutive, ce taux baisse dans les QPV (25,3 en 2016 et 26,7 en 2014), un peu moins vite cette année du fait de la baisse des contrats aidés. Le taux d’activité n’est que de 58,8% contre 72,4% dans le reste des agglomérations, mais il a légèrement progressé en 2017. Pour les jeunes titulaires du baccalauréat, l’écart avec les autres quartiers se resserre : 63% contre 78% et, pour les bac + 5, ce taux est de 79% contre 88%. Des chiffres encourageants.
  • Des conditions d’emplois plus précaires. Près de trois quarts du 1,3 million d’actifs en emploi (72,7%) résidant en QPV, sont employés ou ouvriers contre 42% dans les autres quartiers. Inversement, les cadres, les professions intellectuelles et les professions intermédiaires sont sous-représentés. De manière plus générale, à niveau de formation égale, les habitants des quartiers occupent des emplois moins qualifiés. Néanmoins, un rattrapage est en cours : les jeunes de moins de 30 ans appartiennent plus souvent à la catégorie intermédiaire que leurs aînés (18,9% contre 13,3%) et parmi les jeunes au moins bacheliers, 53% sont cadres ou professions intermédiaires trois ans après leurs sortie du système scolaire, contre 63% pour ceux des autres quartiers. À noter, par ailleurs, les secteurs d’activité diffèrent assez peu selon les lieux de résidences. Plus de quatre actifs sur cinq travaillent dans le tertiaire. Dans le secondaire, les habitants des QPV sont plus nombreux dans la construction que dans l’industrie et ils ne sont que 6,1% à se déclarer non-salariés, mais ce taux augmente à mesure que les créations d’entreprises progressent en quartiers prioritaires.

Autre particularité, trois quarts des contrats sont à durée indéterminée, soit dix points de moins que dans les autres territoires de l’agglomération, et les missions d’intérim plus nombreuses. Mais là encore pour les jeunes, les contrats de travail sont comparables.

  • La création d’entreprise dynamique. Si le nombre d’établissements implantés dans l’ensemble des quartiers métropolitains demeure toujours deux fois moins dense, on observe un rattrapage, entre 2014 et 2016, avec la création de micro-entreprises dans les quartiers les moins en difficulté, à proximité des agglomérations, principalement dans le transport (taxis/VTC) ou l’entreposage. Précédemment, les établissements implantés relevaient davantage du secteur des petits commerces de détail.
  • Et des dispositifs pluriels pour compenser les difficultés d’accès à l’emploi dont sont victimes les habitants des quartiers. En dépit des avancées, comme en attestent les chiffres présentés, les écarts persistent malgré les politiques publiques mises en œuvre pour rééquilibrer les chances, en ciblant soit les politiques de droit commun, soit des mesures d’exceptions territoriales ou encore des initiatives locales dans le cadre des contrats de ville. Les dispositifs sont nombreux. L’effort est-il suffisant pour accélérer le processus vertueux de changement ?

Parmi ces actions, on peut citer :

  • la mobilisation plus forte des services de l’emploi pour garantir l’accès des jeunes aux dispositifs d’éducation, d’emploi et de formation, avec notamment un accompagnement renforcé et l’utilisation plus forte des dispositifs existants, tels la Garantie jeunes ou les écoles de la seconde chance, ou encore le recours plus fréquent aux dispositifs bénéficiant aux entreprises comme les contrats aidés ( contrats d’insertion, contrats d’avenir, contrat d’alternance) ou l’apprentissage ;
  • les zones franches urbaines - territoires entrepreneurs (ZFU-TE) qui ont succédé aux ZFU en 2014, destinées à attirer les entreprises pour dynamiser le tissu économique et créer des emplois, qui n’ont pas bénéficié, autant qu’attendu, aux habitants des quartiers. D’où la création, en 2018, des emplois francs afin d’inciter les entreprises à embaucher des salariés issus des quartiers prioritaires. Après sept mois d’expérimentation, 2 400 demandes ont été acceptées, principalement en CDI ou CDI intérimaires ;
  • les démarches "Entreprises et quartiers" créées en 2013 , et depuis juillet 2018, le PaQte (Pacte avec les quartiers pour toutes les entreprises), qui transforment les quartiers en des espaces d’innovation. Ou encore des initiatives locales ou celles de l’Agence France Entrepreneur ou de BPI France, qui mobilisent des associations pour proposer aux habitants des quartiers de créer leur entreprise. L’ADIE (Association pour le droit à l’initiative économique) qui promeut le micro-crédit ;
  • les entreprises sociales solidaires, qui s’installent sur les quartiers : elles emploient 103 000 salariés, dont de nombreuses femmes et des jeunes ;
  • l’Anru et l’EPARECA (Établissement public national d’aménagement et de restructuration des espaces commerciaux et artisanaux) soutiennent aussi les travaux de création de cellules commerciales ou artisanales ou la restructuration de centres commerciaux dégradés ou de locaux destinés à accueillir des entreprises, dans le cadre de changement d’usage, avec en contrepartie l’obligation, pour les entrepreneurs qui bénéficient de subventions, de s’engager dans l’insertion des résidents des QPV.
(1) La nouvelle politique prioritaire de la ville est en effet définie depuis la loi de Programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014 à partir du critère unique de concentration urbaine de population à bas revenus.

L’édition 2018

Le rapport 2018 comporte pas moins de 346 pages en deux tomes. Dans sa première partie, dix études présentent la situation de l’emploi et du développement économique dans les QPV et posent la question de savoir si, au-delà des effets liés aux parcours scolaires, il existe un effet propre lié à la résidence en quartier prioritaire qui expliquerait des trajectoires professionnelles plus instables. La seconde partie est constituée de courtes analyses statistiques, sous forme de 48 fiches synthétiques : scolarisation, pauvreté, délinquance, logement, renouvellement urbain, participation des habitants…qui actualisent les informations des rapports précédents. Le rapport et les fiches sont disponibles sur le site sig.ville.gouv.fr et sont souvent accompagnés de la déclinaison des indicateurs pour chaque quartier prioritaire.

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