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“Revoir notre manière de produire la ville”, Pierre Hurmic, maire de Bordeaux AH

Urbanisme de la frugalité, tension du marché, point sur les écoquartiers, expérimentations… À la veille du Congrès Hlm, Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, parcourt pour Actualités Habitat les grands enjeux du logement social dans la capitale girondine et les convictions qui l’animent.

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Face à la tension de la demande de logements sociaux dans une ville comme Bordeaux, quelles stratégies adopter ?

À Bordeaux, environ 12 000 foyers sont en attente d’un logement social, et 4 000 d’une mutation de logement. J’ai donc reçu en héritage une très forte pression sur le logement social. Ma stratégie est de déployer une gamme d’outils pour continuer à construire, mais différemment…

En poursuivant les opérations d’aménagement démarrées, car elles étaient sur d’anciennes friches déjà artificialisées, tout en les réorientant pour qu’elles répondent mieux à l’urgence climatique.

En faisant évoluer notre PLU pour augmenter la part de logements sociaux dans chaque projet et en favorisant leur déploiement dans le diffus et une meilleure répartition spatiale pour permettre plus de mixité sociale.

En facilitant l’accession sociale à la propriété y compris en centre-ville, notamment à travers un recours massif au BRS.

En développant toutes les offres complémentaires pour une trajectoire résidentielle sociale complète : logement étudiant, logement pour les seniors, résidences hôtelières à vocation sociale… sans oublier les logements plus classiques pour les familles.

En parallèle, il faut réguler le parc privé pour agir sur les facteurs qui contribuent à cette pression. Je suis en attente de la réponse du ministère quant à notre candidature pour l’encadrement des loyers(1).

Qu’entendez-vous par “urbanisme de la frugalité” ou  “urbanisme résilient” ?

La résilience, c’est pouvoir absorber un choc, s’en remettre ; la notion est proche, dans l’évolution des comportements, de ce que l’on nomme la frugalité. Nous avons à Bordeaux défini un nouveau paradigme d’urbanisme : Renaturation, Régulation, Résilience, ce sont les “3R”. Et nous avons élaboré le label “bâtiment frugal bordelais”. Ces orientations placent le non bâti au même niveau que le bâti et l’écologie des espaces à celui de l’architecture. Il s’agit de réaliser un écosystème urbain, réversible, neutre en carbone, qui développe la biodiversité, et est intensifié dans ses usages et ses proximités. Il s’agit de “prendre soin” d’un territoire qui est notre bien commun.

Comment concilier cette recherche de sobriété de l’aménagement urbain et les besoins de construction de nouveaux logements sociaux ?

Nos projets démonstrateurs du label bâtiment frugal bordelais, réalisés en concertation avec les promoteurs, visent à recourir à des matériaux biosourcés, augmenter la sobriété énergétique et les espaces de pleine terre. Ce sont bien les populations les plus fragiles qui en profiteront le plus directement : des bâtiments de mauvaise qualité sont des poches de bâti dégradé du futur, ce n’est pas ce que je souhaite léguer à Bordeaux.

Le développement des écoquartiers peut-il constituer une réponse ?

Ce terme d’écoquartier est trop fourre-tout et cache un niveau d’ambition souvent insuffisant. Les grandes opérations permettent de répondre à une partie des besoins, mais elles ne couvrent pas tous les enjeux. Elles sont toutes enclenchées voire terminées, ou leur commercialisation sera aboutie d’ici la fin de mandat (Euratlantique, Ginko, les Bassins à flot, Brazza, Bastide Niel). Nous avons fait évoluer ces projets avec plus de végétalisation des espaces publics et privés, l’intégration d’agriculture urbaine, moins de béton en privilégiant les matériaux biosourcés, et des îlots de taille plus humaine. La mixité sociale se jouera dans les années à venir autour de nos Boulevards et dans le diffus. Je veux faire de Bordeaux un laboratoire pour ces petites opérations, qui doivent être exemplaires tant sur le plan de la solidarité que sur celui de l’écologie, et qui doivent associer les riverains, c’est ce qu’impose le label bâtiment frugal bordelais.

Quelle image souhaitez-vous donner de Bordeaux lors du Congrès Hlm ?

En faisant de Bordeaux un laboratoire du logement social écologique et de qualité dans le diffus et en restructurant la ville autour de ses trames naturelles, nous proposons un modèle de justice sociale qui comprend un accès au logement, à la nature et à l’alimentation durable pour toutes et tous. Nous le mettrons en œuvre avec nos partenaires du Mouvement Hlm, aux valeurs et aux capacités d’innovation sociale et technique sûres.

(1) Le décret a été publié au J.O. du 3 septembre. Propos recueillis par Emmanuel Bonzé, correspondant AH à Bordeaux