L'Union sociale pour l'habitat
Chargement en cours

Tribune de Julien Damon, sociologue : "l'hébergement représente 10% du parc Hlm" AH

Enseignant à Sciences Po et à HEC, le sociologue Julien Damon est l’auteur d’une récente étude intitulée Héberger c’est loger ?, réalisée avec le soutien notamment de la Fédération des ESH et de l'Institut des hautes études pour l'action dans le logement (Idheal). Il commente, pour Actualités Habitat, le poids de l’hébergement dans le secteur Hlm, aujourd’hui et demain.

Lire l'article

Alors qu’elles étaient très distinctes, les deux politiques de l’hébergement social et du logement social sont de plus en plus imbriquées. L’hébergement devient même une composante centrale de la politique du logement. Ces transformations s’étendent dans un contexte de mutations du secteur Hlm et de mise en avant de la stratégie du Logement d’abord. Mais l’hébergement, entendu dans un sens large, ne se limite pas à la seule question du mal-logement. Comme le “h” d’EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) en témoigne notamment.

Historiquement, le logement relevait du ministère de l’Équipement ; l’hébergement de celui des Affaires sociales. Les deux sujets, sans totalement se confondre, sont maintenant bien davantage intégrés avec un unique ministre en charge.

'

L’hébergement, au sens large, peut s’apprécier à partir du Compte du logement, qui cherche à compter et décrire les logements “non ordinaires”. De 1990 à 2019, l’offre totale passe de 800 000 à plus de 1,2 million. Sur trois décennies, nous observons les tendances suivantes : baisse de l’offre pour les étudiants qui passe de 138 000 places en 1990 à 86 000 aujourd’hui ; augmentation pour les personnes âgées (430 000 à 650 000) et les personnes handicapées (55 000 places à 130 000). Les “résidences sociales”, dont les foyers de jeunes travailleurs (FJT) et les foyers de travailleurs migrants (FTM), ont considérablement changé mais leur nombre est resté relativement stable (autour de 180 000).

Selon les données du Compte du logement, la capacité totale d’accueil pour les “personnes en difficulté sociale” a été multipliée par quatre en 30 ans, par trois en 15 ans.

Concernant les sans-domicile (personnes sans abri à la rue, ou dans les dispositifs d’hébergement faute de logement), les chiffres ont plus augmenté encore. Pour les demandeurs d’asile, relevant du dispositif national d’accueil (DNA), l’offre a été multipliée par 40 en 30 ans (2 500 places en 1990, plus de 100 000 en 2020). Pour héberger des sans- domicile en hôtels, l’offre a été multipliée par 70 en moins de 25 ans (1 000 places en 1998, 70 000 en 2020). Soulignons que la période COVID aura été très singulière, accélérant les créations de places.

'

À cette offre d’hébergement, dans un sens relativement strict, il faut ajouter le logement “adapté” ou “accompagné”. Le terme est courant pour désigner l’ensemble constitué essentiellement des résidences sociales (environ 180 000 places en 2019), des maisons-relais (17 000) et de l’intermédiation locative (34 000).

L’offre d’hébergement (personnes défavorisées, demandeurs d’asile, CHRS, nuits d’hôtels) équivaut à 5% de l’offre Hlm aujourd’hui, contre 1% en 1981. Si on prend, en plus, tout le logement “accompagné” ou “adapté”, alors avec une offre de près de 500 000 places, l’hébergement représente un volume correspondant à 10% du parc Hlm.

Engagé de longue date dans l’hébergement des étudiants, des personnes âgées ou des personnes handicapées, le secteur Hlm l’est de plus en plus en ce qui concerne l’hébergement des personnes défavorisées où sa contribution est essentielle.

En vingt ans, l’habitat “thématique”(1) des ESH passe de 7% à 9% dans la totalité de leur patrimoine. Il s’agit ici du nombre “d’équivalents-logements” tels que calculés selon des critères établis par la loi SRU. Trois lits d’un logement-foyer collectif comptent pour un logement. De plus en plus cependant, avec l’amélioration de l’offre, un hébergement individualisé compte pour un logement.

'

Concernant les OPH, en une dizaine d’années, la part des foyers résidence (correspondant au “patrimoine thématique” des ESH) passe de 5% à 6% dans la totalité de leur patrimoine, avec une tendance à la stabilisation depuis le début des années 2010.

Au total, pour tout le Mouvement Hlm, ce patrimoine singulier représentait - avec les règles d’équivalence SRU - 5,7% du patrimoine Hlm en 2008. Il en représente 7,3% en 2019. Les coopératives Hlm possèdent environ 10 000 logements-foyers, contre un total supérieur à 300 000 pour les ESH et les OPH.

En reprenant la nomenclature du Compte du logement, on note que les ESH possèdent plus du tiers de l’offre “travailleurs” (résidences sociales, FJT et FTM, mais sans les pensions de famille). Les OPH en possèdent un peu moins du quart. Au total, les Hlm possèdent près de trois places de résidences sociales, FJT et FTM sur cinq.

'

Les ESH possèdent plus de 9% de l’offre pour les personnes défavorisées (CHRS, CADA, CHU, pensions de famille). Les OPH en possèdent 3%. Au total, le monde Hlm représentait, en 2019, 12% de l’hébergement au sens strict.

Pour les personnes handicapées, OPH et ESH ont un volume d’offre similaire représentant au total 22% de l’offre d’hébergement pour cette population.

Du côté des personnes âgées (EHPAD), les ESH possèdent un peu plus de places et représentent 12% de l’offre contre 8% pour les OPH.

(1) Les ESH baptisent “habitat thématique” ce qui, dans leur patrimoine, n’est pas du “logement familial”. 

Pour aller plus loin : L’intégralité de l’étude “Héberger c’est loger ? Aux frontières du logement ordinaire” est en ligne sur les sites eclairs.fr et idheal.fr.