L'Union sociale pour l'habitat
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Un congrès tourné vers l’avenir AH

En ouverture du Congrès, le président Dumont invite à tirer un premier bilan de l’après loi de Finances 2018 et de ses effets négatifs sur l’activité des organismes, et à le dire haut et fort aux pouvoirs publics. Il appelle à ouvrir une nouvelle étape et à tracer un chemin.

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J’ai toujours été le promoteur d’une République bienveillante et protectrice. J’ai toujours prôné le dialogue plutôt que l’affrontement. Mais les attaques dont ont fait l’objet tant le Mouvement Hlm que ses locataires en 2017 et 2018 sont injustes et inacceptables. Elles vous ont touchés vous et vos équipes. Pourtant, dans ce Congrès, que nous voulons tourné vers l’avenir, je vous le demande. Nous ne nous laisserons pas entraîner dans une guerre des bons mots et des petites phrases. L’enjeu, celui d’un droit fondamental, celui du logement de nos concitoyens modestes, mérite tellement mieux. Nous sommes ouverts au débat et aux nécessaires évolutions de notre secteur. Nous n’avons pas attendu d’être menacés pour innover et avancer. Les Hlm sont des moteurs de progrès social, technique, architectural. Le Mouvement Hlm est un carrefour où se rencontrent tous les acteurs du monde social et associatif, économique et politique. C’est un des rares endroits où se croisent autant de sensibilités, c’est ce qui fait sa diversité, sa richesse, sa complexité parfois. C’est un lieu de dialogue permanent. Le "Journal de l’année" nous l’a montré : après la brutalité de la loi de Finances 2018, la méthode de la Conférence de consensus et les travaux autour du projet de loi ÉLAN sont une rupture. Et une rupture positive ! Tout le gouvernement et surtout Bercy devraient s’en inspirer.
L’apport des Hlm à notre pays mérite qu’on vous respecte. Quel meilleur endroit que cette ville de Marseille pour réaffirmer aujourd’hui, devant vous, que le logement social est un des piliers de la République ? Monsieur le maire, Marseille a traversé les âges et a toujours relevé les défis auxquels elle a été confrontée. Elle porte une identité fondée sur des valeurs de partage, de vivre ensemble, de solidarité, de mixité et d’ouverture sur le monde. Le bien-vivre ensemble n’est pas juste pour nous un slogan. Il guide au quotidien nos actions. Il impose aux organismes Hlm d’être à la fois bienveillants vis-à-vis des plus fragiles et extrêmement fermes vis-à-vis de ceux qui menacent la tranquillité de nos locataires. Cette exigence est déjà difficile à porter en temps normal. Elle l’est d’autant plus lorsque l’État, qui devrait être facilitateur de notre action, vient la perturber. J’avais dit en ouverture du Congrès de Strasbourg que nous vivions une situation exceptionnelle.
J’avais mis en garde les apprentis sorciers de Bercy contre des expérimentations hasardeuses qui pourraient être menées sur les APL. Un an plus tard, nous commençons à en mesurer les effets négatifs pour nous et nos partenaires du monde de la construction et du secteur associatif et surtout pour les deux millions de personnes qui attendent un logement social. Notre Congrès s’intitule "Demain les Hlm?". Il s’agit d’une invitation à tirer un premier bilan de l’après loi de Finances 2018 et de ses effets négatifs sur notre activité, à le dire haut et fort, exemples à l’appui. On m’a reproché à l’époque un penchant alarmiste et pessimiste. Vous remarquerez que l’on m’a reproché aussi un penchant trop conciliant ; donc, au final, je ne penche pas, je constate avec vous.

Nous sommes ouverts au débat et aux nécessaires évolutions de notre secteur.

Vous vivez une période difficile. Nous vivons cette période avec vous. Car ce qui touche directement les organismes Hlm touche autant l’organisation qui les représente. Nous sommes au quotidien à vos côtés pour répondre à vos questions, vous conseiller, être toujours de votre côté. Être aux côtés des organismes Hlm, c’est être aux côtés des locataires, de l’étudiant qui cherche un logement pour un stage, de la famille qui vit de temps partiels, de la femme seule avec ses enfants, de la personne âgée qui doit trouver un logement accessible, de l’accédant. C’est être aux côtés de 11 millions de nos concitoyens. "Demain les Hlm?", ce Congrès 2018 à Marseille ne peut pas être uniquement un congrès de constats. Les constats sont essentiels. Car nous partons du réel, nous agissons dans le réel et sur le réel. Aujourd’hui nous devons ouvrir une nouvelle étape et tracer un chemin. Ces trois jours doivent nous permettre collectivement de nous interroger sur l’avenir et les solutions à préparer, anticiper, pour poursuivre nos missions, les faire évoluer au fur et à mesure que la société évolue.
Plus que jamais, je vous encourage à participer aux débats, à prendre la parole, à faire valoir vos points de vue et vos expériences respectives. Les sujets qui font débat sont larges. À quoi bon mettre la poussière sous le tapis ? Autant les affronter. Comment nous financer? Jusqu’où aller sans dénaturer notre vocation et notre identité liées à une mission d’intérêt général au service de la Nation? Cette question est incontournable. Si nous ne la posons pas, si nous n’en arrêtons pas les contours, nous courons le risque de la banalisation. C’est un risque pour vous. Que seraient des organismes Hlm s’ils n’avaient pas une mission particulière? C’est un risque pour nos concitoyens. Que serait la France, déjà trop fracturée, si elle n’était plus en mesure d’assurer le droit au logement? Autre chantier, autre défi. La transition climatique. Il y a trois ans nous en parlions à Montpellier. C’était un risque. Aujourd’hui, elle aussi est réelle. Elle est là. En tant qu’entrepreneurs, en tant que citoyens, jusqu’où pouvons-nous aller pour la contrer, pour la ralentir, pour donner une chance aux générations futures?
Les quartiers enfin. Grâce à la mobilisation des bailleurs et d’Action Logement, le financement des projets a été amélioré. L’examen des projets s’accélère, enfin. C’est une bonne chose et je salue les équipes de l’Anru et leur président qui assistent à nos travaux. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut également réinvestir l’accès aux droits, à la santé, aux transports, à la sécurité. Soyons clairs. L’encouragement des bonnes volontés est une bonne chose, la responsabilisation des collectivités locales également. Mais c’est à l’État, à l’État régalien d’être présent, plus et mieux. Nous aurons l’occasion de le dire au ministre Julien Denormandie qui sera parmi nous jeudi matin, en plénière, pour parler des quartiers. Vous le verrez cet après-midi, les présidentes et présidents des Fédérations et moi-même, nous avons souhaité débuter nos travaux par un temps d’échange avec vous. Je l’ai dit, le Mouvement Hlm est un mouvement de dialogue avec ses partenaires. Notre rapport au congrès en est l’illustration. Nous avons fait le choix de l’ouvrir à des ministres, des élus, des partenaires financiers, des associations de locataires, de solidarité, des associations revendicatives également… Ce dialogue, nous voulons également l’avoir avec vous.

Les deux années qui se présentent vont être cruciales.

Bien sûr, nous nous voyons régulièrement, en régions. Et je sais que les présidents de Fédérations sont également très présents dans les territoires. Mais là, nous serons tous ensemble. Pour écouter vos interpellations, vos propositions, vos préoccupations. Et je l’espère, réaffirmer ensemble les valeurs et positions qui nous unissent ou nous réunissent. Le Mouvement Hlm est divers, varié en statuts, en situations territoriales. Le nier ne sert à rien. Après tout, quelle est notre crédibilité à défendre des valeurs de diversité et de bien-vivre ensemble si nous ne sommes pas capables de nous appliquer ces principes à nous-mêmes? Mais nous focaliser uniquement sur nos différences, voire nos divergences, nous conduirait inéluctablement à une situation dramatique. Nous faisons tous le même métier et nous avons tous la même mission : loger dans les meilleures conditions celles et ceux qui en ont besoin, deux millions de demandeurs. Cela prend des formes différentes, chacun s’adapte à un contexte. Chacun a sa place dans notre Mouvement. J’aurai l’occasion jeudi de m’adresser au ministre. Les Hlm sont à un des tournants de leur histoire. Les deux années qui se présentent vont être cruciales. Ce gouvernement s’est créé une responsabilité qu’aucun autre n’a eue avant lui. Il a mis le doigt dans un engrenage qui peut se révéler funeste. Et pourtant, il peut compter sur nous. Nous ne serons ni des témoins impuissants, ni des victimes faciles. Nous voulons être les acteurs de notre avenir. Il n’est pas trop tard pour redresser la barre et trouver ensemble une voie pour conjuguer les contraintes liées au budget de l’État et l’existence en France d’un modèle de logement social de long terme, innovant, adapté à la société du XXIe siècle.