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Vers "L'âge du faire" : recherche sur les pratiques collaboratives AH

Peu étudiées jusqu’à présent, les pratiques collaboratives dans l’habitat social font l’objet d’une recherche lancée conjointement par l’USH et le laboratoire Lavue, en lien avec neuf organismes Hlm. Le séminaire de lancement s’est tenu le 19 septembre 2018.

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Invitée à introduire le séminaire de recherche sur les pratiques collaboratives, Catherine Hluzsko, chef de mission concertation et médiation à l’USH, a indiqué d’emblée ce que la recherche pouvait apporter à l’heure où le Mouvement Hlm s’interroge sur les voies et moyens pour favoriser des démarches plus participatives et renouveler les outils de la concertation. Les pratiques collaboratives apparaissent en effet, aux yeux de beaucoup d’acteurs du logement social, comme de possibles pistes d’action pour répondre à de nouvelles aspirations, voire pour accompagner la transformation des conditions de financement et de gestion de l’habitat social. Elles pourraient s’avérer centrales pour faire face aux enjeux sociétaux de plus en plus complexes auxquels sont confrontés les bailleurs (vieillissement, monoparentalité, précarisation, conflictualité, isolement, repli…), et à certains défis posés par la gestion du parc ou aux problématiques environnementales. Conscients de ces enjeux, les représentants des organismes Hlm présents ont souhaité que la recherche les aide à identifier les conditions à réunir pour créer des dynamiques collaboratives qui permettent notamment d’impliquer toutes les catégories d’habitants. Directeur Politique de la ville et Relations clientèle d’Habitat du Nord, Slimane Tir attend également des éclaircissements "sur les possibilités de faire cohabiter ces pratiques tels le réseau des correspondants d’immeubles créés il y a trente ans par l’ESH et les conseils citoyens mis en place dans le cadre de la politique de la ville".

D’autres questions concernent les mutations que le développement des pratiques collaboratives peut générer dans les métiers du logement social. Mais aussi, leurs conséquences sur le fonctionnement des organismes et leur organisation. Comme le souligne le directeur général de Hauts-de-Seine Habitat, Damien Vanoverschelde, "la dynamique de coproduction crée quelque chose de différent de ce à quoi on aboutit lorsqu’on le fait séparément". Cela suppose nous dit-il "de renouveler nos pratiques, de trouver les bons ressorts collaboratifs et de réussir à mobiliser les énergies locales." Le directeur de l’Innovation sociale de Famille & Provence, Xavier Rouquerol, s’interroge quant à lui sur le type d’organisation à mettre en place pour "faire mieux émerger les initiatives citoyennes et les accompagner".

 

Calendrier de la recherche

2018-2019 : enquêtes sur le terrain, recensement et définition d’une typologie des pratiques collaboratives. Juin 2019 : séminaire de restitution et d’échanges. 2019-2020 : focus sur quelques expériences pour approfondissement avec une logique plus monographique afin de mieux comprendre les contextes, le jeu des acteurs, le fonctionnement des dispositifs et leur inscription locale. Juin 2020 : dernier séminaire de restitution et d’échanges. Automne 2020 : colloque final.

 

LES OBJECTIFS DE LA RECHERCHE

Maître de conférences à l’université de Paris Nanterre, Claire Carriou a défini l’objet et les objectifs de la recherche. "Nous nous intéressons aux pratiques qui consistent à faire ensemble en vue d’agir et non à celles qui se réduisent à une simple expression d’avis. C’est donc tout ce qui relève du “co” qui sera au cœur de la recherche :  coproduire, coopérer, collaborer pour créer des services et de l’entraide, etc.". Les observations des chercheurs concerneront autant les initiatives provenant des bailleurs que des locataires. Il s’agira de définir le périmètre des pratiques collaboratives, comprendre leur fonctionnement, mettre en évidence leur genèse et leurs déterminants sociaux, culturels, économiques et institutionnels. La recherche va également se consacrer aux conditions qui favorisent l’apparition de ces pratiques ainsi que leur développement. L’émergence d’un leadership, les apports concrets ou symboliques de ces initiatives tant pour les locataires que pour les bailleurs, et la signification sociale et politique de ces pratiques seront aussi visés par la recherche.

EXPÉRIENCES PARTICIPATIVES ET PRATIQUES COLLABORATIVES

Jusqu’à aujourd’hui, les pratiques collaboratives dans l’habitat social ont été peu étudiées. Sabrina Bresson, maître de conférences à l’École nationale d’architecture de Paris Val-de-Seine, a fait valoir que les études existantes "portent principalement sur les expériences participatives à l’échelle urbaine des intercommunalités ou des quartiers et très peu à l’échelle de l’habitat. En outre, ajoute-t-elle, c’est surtout la participation perçue comme un idéal démocratique et consensuel qui fait l’objet de beaucoup d’attention et non les pratiques collaboratives telles que nous les avons définies dans notre recherche". La connaissance de ces pratiques renvoie sans doute à l’évolution des sociabilités de voisinage. Antonio Delfini, docteur en sociologie de l’université de Lille et membre de l’équipe de recherche, a présenté un aperçu de l’évolution des sociabilités de voisinage dans les quartiers populaires depuis le début du XXe siècle. Cette approche a permis de soulever des questions d’importance pour les organismes : quelles relations entre les conditions d’émergence des pratiques collaboratives et la teneur des sociabilités de voisinage ? À quelle échelle et selon quels mécanismes, les pratiques collaboratives se mettent-elles "en phase" avec les sociabilités de voisinage ? Quel est l’impact de la composition sociale du voisinage sur la propension à coproduire ?

RÔLE DU CONFLIT DANS L’ÉMERGENCE D’UN COLLECTIF

La recherche va également s’intéresser aux déterminants des dynamiques collaboratives dans la construction des collectifs d’habitants. À ce propos, Claire Carriou a fait un tour d’horizon de la recherche dans les pays anglo-saxons et signalé que de nombreux travaux ont mis en évidence que les collectifs se structurent plus aisément quand ceux qui le forment sont animés par une cause et/ou des intérêts communs. Cela amènera à s’interroger sur le rôle des regroupements affinitaires et de l’homogénéité sociale ou culturelle dans l’émergence de pratiques collaboratives.

À l’inverse, le conflit peut cimenter des collectifs de personnes ne partageant pas le même capital culturel et les mêmes valeurs. Aux yeux de Slimane Tir, il est clair que "le conflit peut être le moteur de construction d’une relation". En se rassemblant pour faire face à une situation conflictuelle, des habitants d’origine socioculturelle très différente peuvent s’émanciper des logiques affinitaires qui en général dominent dans la création des collectifs et échapper aux risques de repli communautaire. La question devient de dépasser la logique conflictuelle pour entrer dans un processus de coproduction.

En plus de ces interventions sur les contenus et les finalités de la recherche qui, compte tenu de leur densité, ne peuvent être ici évoquées que très partiellement, les participants au séminaire ont aussi échangé des informations très pratiques sur les modalités d’organisation de cette étude. Dominique Belargent, responsable des partenariats institutionnels à l’USH, a ainsi constaté que "le séminaire a contribué à créer une communauté de travail pour produire de la connaissance sur les pratiques collaboratives en tant qu’elles relèvent du faire et des actions concrètes".

Contacts : Dominique Belargent - Mél. : dominique.belargent@union-habitat.org

 

Équipes de recherche et terrains d’études

Neuf organismes des régions Hauts-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Île-de-France ont été retenus(1) suite à l’appel à manifestation d’intérêt (AMI), lancé en avril 2018 par l’USH et le laboratoire Lavue. Ils offrent des terrains de recherche très diversifiés avec des expériences de pratiques collaboratives déjà avancées, qu’elles soient initiées par les organismes eux-mêmes ou par les locataires. Elles vont faire l’objet d’enquêtes par des équipes de chercheurs constituées localement et composées la première année d’étudiants de Master encadrés par leurs enseignants. Les institutions universitaires mobilisées sont : l’université d’Aix-Marseille, l’École nationale d’architecture Paris-Val de Seine, l’université Paris Nanterre et l’université de Lille. La coordination de la recherche est assurée par Claire Carriou et Sabrina Bresson. Les Associations régionales Hlm des trois régions sont étroitement impliquées dans le processus de recherche. Pour plus d’information, une vidéo présente la recherche et est consultable sur le site Internet de l’USH : www.union-habitat.org

(1) Les organismes retenus sont : Clésence (ex : La Maison du CIL et Logivam), Logis Familial, Côte d’Azur Habitat, Emmaüs Habitat, Lille Métropole Habitat, Habitat du Nord, Valophis Habitat, Hauts-de-Seine Habitat, Famille & Provence.