Date de publication :
15 septembre 2025
Auteur(s) :
VALÉRIE LIQUET
"Bientôt un million de ménages seront en attente d'un logement social en Île-de-France": interview de Claude Knapik, nouveau président de l'Aorif
À l’occasion du Congrès Hlm 2025, rencontre avec le tout nouveau président de l’Aorif, Claude Knapik, par ailleurs vice-président de Batigère Habitat.
Vous avez été élu le 4 juillet président de l’Aorif. Quelle impulsion souhaitez-vous donner à l’AR ?
Tout d’abord je tiens à saluer Damien Vanoverschelde pour son investissement au sein de notre association. Il a su fédérer, soutenir et impulser, je m’inscris pleinement dans cette dynamique. Présider l’Aorif, c’est porter des valeurs, des convictions, des attentes, avec fermeté et pragmatisme. Cela fait 25 ans que je consacre ma vie professionnelle au Mouvement Hlm, je suis convaincu de la nécessité de nos missions, je suis résolu à les défendre.
L’Aorif est une organisation importante dans le secteur Hlm. Elle fédère l’ensemble des familles et sait se positionner fermement, d’une seule voix et une voix qui compte, pour exiger un cadre stable pour mener à bien nos missions, conduire des études prospectives pour préparer l’avenir, accompagner et valoriser les réalisations de chacun de ses membres. Nous avons engagé fin 2024 l’écriture de notre feuille stratégique pour les trois années à venir, je ferai en sorte de la rendre concrète et de montrer qu’ensemble nous saurons relever les nombreux défis qui sont devant nous.
Alors, le sens de ma présidence ? Aller de l’avant, ensemble, unis au service de nos concitoyens.
La pression de la demande Hlm en Île-de-France n’est-elle pas de plus en plus vertigineuse ?
L’Île-de-France connaît une crise du logement sans précédent : 1,4 million de personnes mal logées, 140 000 personnes sans domicile fixe, des prix à l’accession et à la location privées qui ont augmenté beaucoup plus vite que les revenus moyens des ménages, une mobilité résidentielle figée (la rotation est à 5 % contre 8,8 % France entière) et des délais d’attente qui s’allongent : seulement une attribution pour quatorze demandes en 2024.
La hausse du nombre de demandeurs sociaux en Île-de-France est constante. Avec 888 000 demandeurs enregistrés fin 2024, la demande a plus que doublé depuis 2010. Bientôt un million de ménages seront en attente d’un logement social.
Face à ces besoins vertigineux, accrus par des évolutions sociétales comme le vieillissement ou l’évolution de la cellule familiale, il est urgent d’agir. Il faut produire du logement qui réponde à l’aspiration légitime des Franciliens de vivre dignement dans un logement adapté à leurs besoins, à leurs ressources, et qui soit respectueux de notre environnement.
Quel est le rythme de construction qui permettrait d’y répondre ?
L’Aorif a fait valoir des positions fortes dans le cadre du Schéma régional de l’habitat et de l’hébergement (SRHH) approuvé en avril 2024. Ce document majeur de planification urbaine francilienne pour les six années à venir (2024-2030) est l’aboutissement d’un long processus d’évaluation puis d’élaboration. Notre association a notamment été entendue sur l’importance de maintenir des objectifs ambitieux, afin de répondre aux besoins dans notre région : le SRHH affiche un objectif de production entre 31 500 (borne basse) et 38 500 (cible préférentielle) logements sociaux chaque année.
Car 22 263 logements locatifs sociaux agréés en 2024, c’est trop peu. Il y a urgence à relancer la production. Le dévissage a débuté en 2017, avec une production bien inférieure aux objectifs définis dans les précédents schémas régionaux.
Face à cette situation, comment l’Aorif se positionne-t-elle pour être force de propositions ?
En 2023, l’Aorif avait fait vingt propositions pour relancer la production. Elle en a fait de nouvelles en 2024, cette fois en matière d’expérimentations territoriales, pour aller vers davantage de souplesse et d’innovations. Les représentants de notre association sont très présents au sein du Comité régional de l’habitat et de l’hébergement (CRHH) pour faire entendre la voix des organismes franciliens et défendre nos positions fermes mais pragmatiques. J’y siégeais en tant que vice-président de l’Aorif, j’y poursuivrai mon investissement en tant que président.
Un important travail partenarial est mené avec la Drihl. Il se concrétise notamment dans le cadre de “l’Atelier des solutions”, démarche d’intelligence collective visant à faire émerger des réponses pour relancer la production, portée conjointement par la Drihl, la DGALN, l’Aorif, la Banque des Territoires et Action Logement. 2025 sera l’année de mise en œuvre de ces solutions, l’Aorif sera pleinement investie pour leur réussite.
Vous avez commandé une étude sur les perspectives de décarbonation du parc social francilien à horizon 2050 : entre rêve et réalité, quels sont les éléments à retenir ?
Cette étude s’inscrit dans un contexte réglementaire et climatique qui fixe des objectifs exigeants (loi Climat et résilience et Stratégie nationale bas-carbone) dont les organismes se sont déjà saisis en mettant en place une dynamique de réhabilitation. Ces objectifs s’adressent aussi aux collectivités, au territoire dans son ensemble, aux énergéticiens, aux financeurs, c’est pourquoi il nous a semblé constructif et nécessaire d’y travailler collectivement à l’échelle du parc social francilien mais aussi de la partager largement avec nos partenaires.
Pour l’Aorif et ses adhérents, avoir une visibilité régionale sur les trajectoires de décarbonation en cours pour les 1,4 million de logements du parc social francilien est un repère indispensable. L’étude montre que les trajectoires actuelles ne permettent pas d’atteindre la neutralité carbone à horizon 2050. Pour y parvenir, il faut être en capacité d’aller plus vite, d’investir plus massivement sur l’amélioration des enveloppes, sur les changements de vecteur énergétiques mais aussi sur la sobriété de notre exploitation. L’étude modélise une trajectoire mettant en œuvre différents leviers de décarbonation pour se rapprocher de l’atteinte de ces objectifs. Les besoins financiers sont massifs et les impasses financières bien réelles. Nous allons poursuivre le travail avec nos partenaires pour tenter de les lever.
Avez-vous le sentiment que l’image des Hlm évolue auprès des habitants et des élus franciliens ?
Nous avons fait de cet enjeu l’un des trois axes conducteurs de notre nouveau projet stratégique 2025-2027. L’image du secteur Hlm est abîmée par des débats qui masquent souvent les véritables enjeux. Nous devons combattre davantage les idées reçues, mieux affirmer les rôles essentiels que nous jouons pour les territoires et pour les Franciliens. Pour l’emploi, pour les plus fragiles, pour le lien social, pour lutter contre le dérèglement climatique, pour développer la culture... Cela implique de communiquer autrement, de passer d’un reporting réglementaire à un discours qui valorise le sens, notre impact et nos résultats concrets.
En 2026, année d’élections locales, nous continuerons de démontrer que le logement social est l’un des piliers fondateurs de notre société, du vivre-avec et non du vivre-contre.
Ré-solutions pour l’Île-de-France : c’est le concept éditorial que l’Aorif a choisi pour incarner sa présence sur le Congrès Hlm de Paris. Que recouvre ce jeu de mots et que voulez-vous montrer au Congrès ?
Le Congrès Hlm de l’USH s’installant cette année à Paris, notre association régionale disposera d’un grand espace pour valoriser les travaux de l’interbailleurs, de ses adhérents, et les partenariats noués. Nous voulons faire de notre stand un espace vivant, accueillant et participatif. Au programme : des tables rondes pour ouvrir le débat et faire émerger des solutions, des pitchs d’adhérents, des expositions, des moments conviviaux… L’Aorif y présentera ses “Ré-solutions pour l’Île-de-France”. Dans Ré-solutions, il y a « résolutions » et « solutions ». À travers ce concept, nous montrons que l’Aorif est force de propositions, qu’elle choisit de prendre position et de faire entendre une voix claire, engagée, collective. Cette posture, qui est aussi la ligne éditoriale de notre projet stratégique, nous permet d’affirmer que l’habitat social en Île-de-France est un levier de transition, d’innovation et de solidarité pour tout le territoire.
L’Aorif en chiffres
• 102 opérateurs adhérents, dont 21 OPH, 37 ESH, 29 Coop’Hlm, 3 Sacicap, 11 SEM et 1 OFS
• 1,4 million de logements sociaux soit 2 millions de personnes logées et 26 % des résidences principales
• 888 000 ménages demandeurs en 2024
• 65 000 attributions en 2024
• 22 276 agréments en 2024 (y compris reconstitution Anru)
• 38 500 agréments visés (cible préférentielle fixée en SRHH)
• 3,5 Md€ investis chaque année dans l’économie régionale
Source : Aorif
Temps forts à l’espace Aorif
• 23/09 - 11h10 » Table ronde | 1975-2025 : 50 ans (et plus) de contribution des organismes de logement social à l’aménagement de l’Île-de-France
• 23/09 - 12h05 » Inauguration de l’espace Aorif suivie d’un cocktail
• 23/09 - 14h10 » Performance de danse et table ronde | Les bailleurs engagés dans le champ culturel
• 24/09 - 10h10 » Table ronde | Atténuation et adaptation au changement climatique en Île-de-France : quels apports de l’interbailleurs ?
• 24/09 - 16h15 » Table ronde | Outiller les acteurs pour mieux accueillir les ménages les plus fragiles
• 25/09 - 10h30 » Table ronde | La place de l’accession sociale dans les parcours résidentiels en Île-de-France : le BRS Hlm vu par ses acquéreurs
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PARU DANS ACTUALITÉS HABITAT N°1238-1239 DU 15 septembre 2025
Actualités Habitat n°1238-1239
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