L'Union sociale pour l'habitat
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Mobilité résidentielle des ménages immigrés

Mieux connaître les attentes et les besoins des ménages immigrés lors des opérations de renouvellement urbain et favoriser les itinéraires résidentiels : tel était le but d’une étude lancée par l’Union sociale pour l’habitat auprès de deux équipes de chercheurs sur une dizaine de sites. Il n’en ressort aucune typologie qui distinguerait ces familles mais plutôt des facteurs divers influant sur la mobilité tels que l’ancienneté et le parcours résidentiel, les ressources culturelles, les liens familiaux, l’appréciation de l’environnement et du climat social du quartier.

Le parc social accueille un nombre important et croissant de ménages immigrés ou issus de l’immigration Les données chiffrées qui suivent sont issues des enquêtes logement réalisées par l’INSEE en 1992, 1996 et 2002. Un ménage immigré pour l’INSEE est un ménage dont la personne de référence est née étrangère à l’étranger et qui a pu devenir ou non française par acquisition. . En 2002, les ménages immigrés représentaient 17% des locataires du parc social alors qu’ils n’étaient que 10.6% dans le parc locatif privé et 7.9% parmi les propriétaires. Cette proportion augmente régulièrement dans le parc social (ils étaient 13.2% en 1992) et parmi les accédants (5.1% en 1992) alors qu’elle stagne dans le parc locatif privé. Dans le parc social, ces ménages sont plus pauvres et de taille plus grande que la moyenne des locataires et ils sont fortement représentés dans les logements à bas loyer, notamment dans les quartiers en Zus.

Les ménages immigrés ont une mobilité résidentielle comparable à la moyenne des ménages : entre 1997 et 2002, environ 34% des ménages non immigrés et 31% des ménages immigrés ont changé de logement. Cependant, les mouvements résidentiels des immigrés du parc social sont moins diversifiés que ceux des autres ménages: 69% des locataires sociaux immigrés qui ont changé de logement entre 1997 et 2002 sont restés dans ce parc, contre 49% pour les non immigrés. Peu d’entre eux sont devenus propriétaires ou locataires du parc privé (respectivement 22% et 8%). Ceci se traduit par une augmentation de l’âge des ménages immigrés dans le parc Hlm (+ 1,9 ans entre 1996 et 2002) supérieure à celle de la moyenne des locataires.

Au-delà de ces grands éléments de cadrage, les ménages immigrés constituent un ensemble différencié en fonction de l’âge, la composition familiale, les revenus, l’ancienneté de l’installation en France etc. dont il importe de mieux connaître les attentes et les besoins afin de leur apporter des réponses diversifiées et mieux adaptées en termes d’itinéraire résidentiel tant dans le parc locatif social qu’hors du parc.

Le programme de rénovation urbaine piloté par l’Anru dont l’objectif principal est de réintroduire de la mixité dans les quartiers d’habitat social les plus en difficulté, favorise la mobilité résidentielle des locataires des immeubles démolis vers des logements neufs éventuellement localisés dans d’autres quartiers ou vers d’autres statuts d’occupation (accession notamment). La réussite de ces relogements sera l’un des principaux critères de réussite de ce programme.

Dans ce contexte, il est apparu nécessaire à L’Union sociale pour l’habitat de lancer en 2004/2005 une recherche sur les aspirations résidentielles des ménages immigrés dans la rénovation urbaine. Il s’agissait d’identifier les leviers favorisant la mobilité de ces ménages à partir d’une meilleure connaissance de leurs attentes.

Deux équipes de chercheurs, Jacques Barou d’une part, et le Cadis Bordeaux (Joëlle Perroton, Agnès Villechaise Dupont, Claire Schiff et Thierry Oblet) d’autre part, ont mené environ 300 entretiens avec des locataires du parc social, d’origine immigrée, dans des sites de rénovation urbaine en Rhône-Alpes, en Ile-de-France, en Aquitaine, en Midi-Pyrénées et en Lorraine avec la contribution des bailleurs sociaux.

Cette recherche a porté sur des sites hétérogènes tant en termes de réalité sociale et urbaine (situation dans la ville, image du quartier, qualité du bâti …) que de perspective quant au devenir des quartiers (projet plus ou moins avancé de démolition, reconstruction). Les profils des ménages rencontrés sont également divers, en termes d’âge, de composition familiale, de pays d’origine, de revenus, d’ancienneté sur le site sans viser à la représentativité. Parmi eux, ont été rencontrés quelques locataires relogés récemment, afin de tirer des enseignements des mouvements résidentiels effectifs.

Le principal intérêt de cette recherche est de confirmer que les facteurs susceptibles d’influer sur le désir de mobilité sont multiples et que c’est leur combinaison qui provoque une attitude positive ou négative par rapport à la perspective du relogement. L’« origine» des ménages en tant que telle n’apparaît pas comme un facteur déterminant des aspirations des locataires immigrés ou issus de l’immigration en matière d’itinéraire ou de mobilité résidentielle, mais si on la croise avec d’autres critères elle peut jouer un rôle important. Elle ne détermine pas non plus de besoins « spécifiques » en matière de logement.

Quels sont les principaux facteurs influant sur le désir de mobilité ?

L’appréciation de l'environnement et du climat social du quartier joue un rôle important. Certains mettent en avant les points faibles du quartier : sont le plus fréquemment mentionnés les nuisances sonores, les problèmes d’hygiène, l’ambiance du quartier et les problèmes d’insécurité, voire la dégradation du bâti… D’autres valorisent le principal atout de ces sites, à savoir un bon niveau d’équipement, que traduit l’existence de commerces, de services, de dessertes et de réseaux sociaux. La perspective du relogement est ainsi évaluée de manière subjective par chacun, en fonction de sa perception des avantages et inconvénients du quartier. Certains jeunes par exemple indiquent apprécier l’ambiance des pieds d’immeuble qui constituent une nuisance pour les adultes et parfois pour leurs propres parents.

Le point de vue sur le quartier et l’envie d’en partir ou d’y rester sont fortement influencés par l’ancienneté résidentielle : ceux qui y ont passé la plus grande partie de leur vie, leur enfance parfois, ont tendance à en souligner les avantages et à exprimer un certain attachement à son égard, sans toutefois être aveugles sur ses inconvénients. Qu’elles soient jeunes ou âgées, ces personnes ont développé une socialisation centrée sur le quartier. Déménager signifie renoncer à des repères et entrer dans un environnement inconnu dont rien n’indique a priori qu’il n’engendrera pas de désagréments plus importants que ceux avec lesquels ils se sont progressivement familiarisés. Inversement, les personnes arrivées récemment, souvent des jeunes couples avec ou sans enfants, sont plus critiques. Elles craignent notamment les conséquences du climat et de la « mentalité de la cité » sur le devenir de leur enfants.

L’analyse que font les ménages de leur capacité à faire face à de nouvelles dépenses ou à assumer une quittance plus importante pèse fortement. L’expérience des ménages les plus défavorisés, qui sont parfois passés par un habitat dégradé dans le parc privé, les fait douter du fait que le relogement puisse améliorer sensiblement leur condition résidentielle et ils semblent parfois ne pas ou ne plus avoir à proprement parler de projet résidentiel. Ces personnes qui ont souvent déjà dû déménager à de multiples reprises n’imagent pas se loger en dehors du parc locatif social ou bénéficier d’une maison individuelle. La principale question pour eux est le maintien du niveau de quittance pour un logement équivalent à l’actuel et cette préoccupation prime sur toute autre, y compris la localisation du logement.

Les ressources culturelles des personnes influent également sur leur capacité à mettre en œuvre des stratégies résidentielles ou des « tactiques » dans les opérations de relogement. Le niveau d’instruction et de compétence linguistique des locataires joue un rôle important dans la compréhension des propositions des bailleurs et dans la capacité qu’ont les personnes à négocier avec eux. Certains sont peu à même de construire un projet résidentiel et se laissent avec un certain fatalisme reloger ici ou là au gré des opérations de démolition. D’autres au contraire ont une vision assez précise de ce qu’ils veulent et négocient parfois âprement avec le bailleur un relogement correspondant à leurs attentes.

Le désir de mobilité varie également selon les personnes au sein de la cellule familiale. Les femmes, à l’exception de celles qui sont âgées et dépendantes de l’aide de leur mari ou de leur enfants, sont en général plus favorables à la mobilité que les hommes. Elles sont motivées par une aspiration à un meilleur environnement social ou scolaire pour leurs enfants. Les arguments économiques (coût du déménagement, différences de loyers ...) semblent plus déterminants pour les hommes. Le point de vue des enfants est plus contrasté : en fonction de leur appartenance à des groupes, ils peuvent manifester le souhait de rester dans le quartier ou au contraire être déclencheurs du désir de mobilité. Ceux qui ne sont pas insérés dans les réseaux dominants peuvent souffrir en effet de véritables persécutions et alerter leurs parents sur leur désir de quitter le quartier. Les personnes plus âgées manifestent souvent des réticences à changer de logement.

L’origine des ménages et la diversité nationale jouent également un rôle dans l’aspiration à la mobilité et au changement de quartier. Une sociabilité centrée sur le groupe national d’origine existe dans la plupart des quartiers visités, que révèlent des associations, des modes d’usage de l’espace public et des équipements collectifs. Cet « entre-soi » plus ou moins cultivé paraît bien toléré à l’échelle des quartiers et l’on ne peut pas parler, dans les sites d’étude, de développement d’un « communautarisme » ou d’une « ethnicisation » des relations sociales, hormis quelques cas exceptionnels de jeunes musulmans engagés dans des courants fondamentalistes. Les deux équipes notent également que la concentration de personnes immigrées ou d’origine immigrée et le départ des français de souche des quartiers est souvent perçu négativement et de manière stigmatisante par les ménages immigrés eux-mêmes.

De façon générale, il apparaît que la fréquentation exclusive de compatriotes reste un phénomène minoritaire et quand elle existe, cette solidarité intra-ethnique est le plus souvent une sociabilité familiale qui ne se confond pas toujours avec une sociabilité intra-quartier. Ces liens familiaux, et plus précisément la solidarité et l’entraide intergénérationnels, n’enferment pas les individus dans la cité mais peuvent être un moyen de sortir de la cité. Le point de vue des ménages concernant une éventuelle mobilité va donc fluctuer selon qu’ils appartiennent ou non au groupe majoritaire dans le quartier. Ils peuvent également privilégier une sociabilité dans le quartier ou au contraire hors du quartier, selon leur volonté d’échapper au contrôle social de leurs pairs ou au contraire de bénéficier de solidarités qu’ils peuvent rendre possible.

En conclusion, l’enquête a fait émergé deux types de position par rapport au relogement :

Les ménages qui appréhendent le relogement avec le plus d’enthousiasme, « les partants », sont souvent ceux qui sont le moins à l’aise dans leur quartier. Ils n’ont pas toujours de projet clairement identifié et ni même déposé de demande de mutation auprès de leur bailleur social. Ces personnes aspirent à une amélioration du confort de leur logement, à un idéal d’habitat, à un souhait d’ascension sociale pour eux et/ou pour leurs enfants, qui s’accompagne parfois d’une volonté d’éloignement du quartier… Il s’agit souvent de ménages avec enfants ayant une faible ancienneté dans le quartier.

Les plus réservés, « les réticents » sont soit des publics âgés installés de longue date dans le quartier qui craignent la disparition d’une partie de leur existence, soit des jeunes qui souhaitent garder le bénéfice des liens sociaux créés avec des personnes de leur âge. Parmi les « réticents » ; certains expriment leur attachement à leur mode de vie actuel : appropriation du logement, investissement dans les réseaux sociaux du quartier, qualité du cadre de vie… Ces positions personnelles sont rarement relayées par une action collective organisée au sein du quartier, néanmoins la crainte de se trouver « isolé » dans un nouvel environnement peut être un frein au désir de mobilité. D’autres, se ressentent « captifs » du fait de leur faible niveau de ressources, de la difficulté à construire un tissu relationnel hors du quartier et ils sont très dépendants des équipements et services sociaux existant sur place. Ces publics sont les plus vulnérables face à la contrainte du relogement.

La ligne de partage entre « partants » et « réticents » n’est pas figée. Elle a tendance à évoluer dans le sens d’un souhait de mobilité notamment si l’accompagnement du relogement permet aux ménages de construire progressivement un projet résidentiel réaliste et adapté à leur projet de vie. Le désir d’évolution résidentielle apparaît notamment lorsque les locataires voient les premières constructions sortir du sol.

Quelles sont les attentes des personnes rencontrées en terme de cadre bâti, de localisation ou de forme d’habitat ? Là encore, les entretiens menés n’ont pas permis d’identifier des besoins spécifiques liés à l’origine des personnes.

Les ménages interrogés sont en général satisfaits de leur logement actuel et craignent avant tout que le relogement se traduise par une perte de qualité en termes de surface et d’agencement. La perspective d’une amélioration de leur situation résidentielle (environnement et niveau de confort : balcon, terrasse, jardin…) peut permettre de lever ces réticences, quand le taux d'effort consacré au logement est par ailleurs maintenu. La destruction de tours et de barres au profit de résidences plus basses et plus petites au milieu d’espaces verts, est perçue comme un gain incontestable sur le plan de l’esthétique architecturale et du cadre de vie et une avancée en matière de sécurité.

Ils expriment également souvent un souhait de maintien ou de proximité au quartier pour pouvoir continuer à bénéficier de sa bonne couverture commerciale et de services, des réseaux de transport etc. Cette attente de proximité peut être renforcée par la perspective d’une amélioration du cadre de vie et du climat social du quartier consécutive au projet de renouvellement urbain. L’idéal pour beaucoup est la maison individuelle avec jardin située en bordure de la cité, permettant de profiter des avantages du quartier sans en subir les inconvénients.

La recherche a également permis de vérifier l’existence d’attentes en matière d’accession à la propriété dont les données statistiques disponibles montrent qu’elle se développe auprès des ménages immigrés. Compte tenu des difficultés d’accès au parc locatif privé, elle ouvre pour certains ménages des possibilités de quitter le parc locatif social. Elle concerne les ménages disposant de ressources suffisantes pour ce faire notamment ceux dont le chef de famille, le père, a renoncé à retourner au pays, sous la pression de son épouse ou de ses enfants. Elle intéresse de jeunes ménages de la seconde ou troisième génération pour lesquels elle représente un signe visible d’ascension sociale, comme pour l’ensemble des ménages français. L’enquête témoigne que les bailleurs sociaux sont bien placés pour aider à mettre en œuvre ce projet. Les personnes enquêtées se disent en effet rassurées de s’engager dans la démarche avec un bailleur qu’ils connaissent de longue date et qui peut mobiliser des outils permettant de sécuriser leur projet.

Il apparaît donc que la prise en compte des besoins des personnes immigrées dans les opérations de rénovation urbaine n’appelle pas d’approche particulière : des adaptations sont nécessaires pour permettre par exemple de lever l’obstacle de la langue lorsque cela est nécessaire, mais il s’agit d’une adaptation « technique » de bon sens. Le besoin d’accompagnement des familles lors de la préparation d’un relogement dans le parc locatif social et a fortiori vers l’accession à la propriété est commun à beaucoup de locataires qu’ils soient immigrés ou français de souche. Plus spécifique est le besoin d’une meilleure compréhension, par les bailleurs et leurs partenaires, du fonctionnement des réseaux familiaux et sociaux de certains ménages immigrés ou d’origine immigrée dans la mesure où ils peuvent influer sur leurs choix résidentiels.

Au-delà de ses conclusions opérationnelles, cette enquête confirme combien les choix des personnes en matière de logement renvoient à une multiplicité de facteurs. La lutte contre les discriminations qui se développe aujourd’hui, à juste titre, dans tous les secteurs d’activité dont le logement, vise à rétablir l’égalité de traitement entre tous. Leur « origine » peut être une des causes de difficulté que rencontrent certains ménages à accéder au logement et à mettre en œuvre des itinéraires résidentiels correspondant à leurs aspirations. C’est pourquoi, il importe de développer la connaissance des attentes des ménages immigrés en matière de logement, dans toute leur diversité afin de mieux orienter les politiques publiques et les pratiques des acteurs dans ce domaine.


En fichier attaché sont présentées les synthèses des études réalisées par Jacques Barou d'une part et le Cadis d'autre part.

Contacts

Délégation à l’action professionnelle, Juliette Furet et Pierre Peillon.

(1) Ces entretiens ont été conduits auprès de personnes non encore relogées, de personnes déjà relogées (en locatif social ou en accession sociale) afin d’analyser l’évaluation qu’elles en font finalement.

ã 810 - 15/03/2006





- résumé_mobilité.pdf URL => résumé_mobilité.pdf - synthèse_mobilité.pdf URL => synthèse_mobilité.pdf

Informations complémentaires

Date du document : 31.01.2007
Entité(s) : Direction des politiques urbaines et sociales - DIUS
Marie LANZARO
Qui sont les personnes qui ont connu un ou des épisodes sans logement? Quel(s) impact(s) la perte du logement a-t-elle eu sur leurs conditions? Que sont-elles devenues et quel a été leur parcours résidentiel à l'issue de cette ou ces périodes sans logement?
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publié le
Frédéric Paul
La prise en compte des besoins de mobilité est une dimension essentielle de la qualité du service rendu aux locataires.
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publié le
Juliette FURET
La question de la mobilité au sein du parc de logement social est devenue en quelques années un enjeu majeur pour les organismes Hlm et les collectivités locales. Ce cahier présente l’action menée par les organismes pour favoriser la mobilité ainsi que les bonnes pratiques et pistes de progrès.
Collection des cahiers USH
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Caisse des Dépôts
La Caisse des Dépôts publie deux études Eclairages N°9 et N° 10 à partir de l’enquête Logement de l’Insee. Ces études mettent en évidence la baisse de la mobilité résidentielle des ménages français au cours des dix dernières années, une baisse encore plus marquée les locataires du secteur social.
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