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Thème de la publication
Énergies renouvelablesNuméro
Actualités Habitat n°1243
Paru dans
Date de publication :
16 novembre 2025
Auteur(s) :
VALÉRIE LIQUET
Energies renouvelables : le 4 décembre, c'est le lancement de l'Alliance !
Sous l’impulsion de sa présidente Emmanuelle Cosse, l’USH lancera le 4 décembre, à Paris, L’Alliance Hlm pour les énergies renouvelables. Cet événement posera les bases d’un think tank ouvert aux bailleurs sociaux et à leurs partenaires partants pour entreprendre la massification des EnR dans le parc social. Au programme : fédérer les volontés, repérer les obstacles, identifier les leviers et formuler des propositions pour les présidentielles de 2027. Avant-goût de la journée avec Nicolas Prudhomme, directeur de la Maîtrise d’ouvrage et des politiques patrimoniales à l’USH.
Géothermie, réseau de chaleur, photovoltaïque, gaz vert, hydrogène, chaleur fatale... la perspective d’une alliance entre le Mouvement Hlm et les parties prenantes de la production d’énergie renouvelable est née avant même février 2022, date de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. « L’idée d’alliance vient de la présidente de l’USH, Emmanuelle Cosse, se souvient Nicolas Prudhomme, en partant du constat que les bailleurs sociaux étaient impliqués dans la production d’énergie renouvelable, mais de manière isolée, sans réelle capacité de massifier, et souvent exclusivement à l’échelle d’un bâtiment, voire d’un îlot, mais rarement d’un territoire ».
« Est-ce que cela aurait du sens d’être producteur d’énergie renouvelable ? », s’interrogeait-on alors au sein du Mouvement Hlm, dans le cadre de la décarbonation de son parc. La crise des prix de l’énergie introduisait deux nouvelles questions : celle du caractère abordable du service et celle de la souveraineté énergétique.
« Sur les cinq millions de logements du parc locatif social, près des deux tiers sont aujourd’hui alimentés par du gaz fossile, résultat d’une politique étatique qui s’est brusquement retournée », poursuit le directeur de la Maîtrise d’ouvrage à l’USH. Si bien que « trois millions de logements devront basculer vers un vecteur moins carboné : l’objectif de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) étant qu’en 2050, tous les logements affichent une étiquette DPE A ou B ». L’investissement nécessaire, pour le seul parc social, qui représente 15 % des résidences principales, est estimé à 300 milliards d’euros à engager d’ici 2050. À l’échelle de la France, le coût se situerait entre 2 000 et 3 000 milliards d’euros. « C’est astronomique », résume-t-il, avant d’ouvrir la perspective d’un changement de modèle. Dont les bailleurs sociaux pourraient être les fers de lance.
La réglementation, premier frein à la production verte
D’abord, il faudrait faire évoluer le thermomètre. « Autant le DPE peut être l’outil pour travailler à l’éradication des passoires énergétiques, autant le DPE n’est pas le bon outil pour piloter la décarbonation à horizon 2050 - il n’a d’ailleurs pas été fait pour cela », rappelle Nicolas Prudhomme. Un exemple : « Aujourd’hui, le DPE ne prend pas en compte la valeur réelle du poids carbone des énergies présentes sur le marché, ce qui lui amène à considérer le poids carbone du biogaz comme celui du gaz fossile ». Et c’est ainsi qu’un élément strictement réglementaire « n’invite pas à produire vert ».
Du côté de l’État, la stratégie de décarbonation mise principalement sur le nucléaire pour le bâtiment. « Une énergie décarbonée, certes, mais qui est en fait une énergie de transition long terme, au sens où elle est non renouvelable du fait de sa dépendance à l’uranium. Réfléchir à des énergies vertes renouvelables complémentaires a donc tout son sens pour préparer le futur », souligne Nicolas Prudhomme. Pour autant, pas de dogmatisme à l’Alliance : l’énergie nucléaire a toute sa place en France, « et notamment dans le parc social », précise l’expert.
Le véritable changement de modèle serait donc de « créer un assemblage intelligent dans lequel tout le monde trouverait son compte ». Les bailleurs sociaux pourraient utiliser et produire de l’énergie renouvelable lors des pointes de consommation (le soir, l’hiver, lors des épisodes de canicule…), en complément des productions d’EDF. Pas dans une logique de concurrence mais de manière à « être en appui, à ce moment-là, pour nos propres locataires », insiste Nicolas Prudhomme.
Dans cette perspective, les énergies renouvelables stockables (géothermie, gaz vert, hydrogène, récupération de chaleur fatale dans le métro, les data center ou encore le traitement des déchets…) sont plus intéressantes que l’éolien ou le photovoltaïque, dont la production est plus « aléatoire » et difficilement stockable.
« Avec cette équation, une aide à l’innovation et une évolution de la réglementation, les bailleurs sociaux auraient tout à gagner à investir dans les énergies renouvelables et pourraient garantir une demande confortée en énergie verte », souligne Nicolas Prudhomme. « Ils ont des capacités d’investissement, la volonté d’innovation et la compétence technique avec leurs équipes de maîtrise d’ouvrage pour intégrer ces nouvelles énergies ».
« Les bailleurs sociaux ont la capacité d’investir dans le déploiement des énergies renouvelables, la volonté d’innovation et la compétence technique avec leurs équipes de maîtrise d’ouvrage pour en garantir l’usage. »
Nicolas Prudhomme, directeur de la Maîtrise d’ouvrage à l’USH
« Aujourd’hui, c’est la jungle »
« Tout le monde est d’accord sur le constat, maintenant, il faut progresser sur les solutions, poursuit-il, en évitant le piège d’une vision purement prospectiviste, et inciter l’écosystème à adopter une démarche programmative ». Quitte à « jeter un pavé dans la mare ». L’Alliance ne s’en privera pas.
L’USH compte embarquer dans l’aventure des représentants de territoires (élus locaux, gestionnaires de réseaux de distribution…) et des partenaires tels que les producteurs d’énergie, les industriels, la commission de régulation de l’énergie, la Caisse des dépôts… Histoire de « poser les problèmes » et de travailler ensemble à leurs solutions. Et « le problème aujourd’hui c’est que c’est la jungle, sans qu’il n’y ait aucun gain concurrentiel », résume Nicolas Prudhomme. Pourtant, « un agriculteur qui produit du gaz vert ne sera jamais en concurrence avec EDF, et ce n’est pas le but ! ».
Le 4 décembre, le lancement du think tank L’Alliance Hlm pour les énergies renouvelables prévoit justement une table ronde axée “territoires”, intitulée À quelle échelle produire l’énergie renouvelable ?, et une seconde axée “partenaires” qui s’interrogera sur Comment lever collectivement les freins et faciliter la mise en œuvre ? Dans la foulée, un comité de pilotage sera créé, composé de bailleurs sociaux, élus et professionnels, tous stratèges. Il mènera des auditions : « Il écoutera tout le monde, y compris les lobbys » de chaque solution énergétique ou technique, promet Nicolas Prudhomme. Parallèlement, un comité technique réunira « tous ceux qui veulent la transition ». Il travaillera sur les solutions aux problèmes rencontrés, à partir de cas concrets identifiés par les organismes Hlm ou leurs parties prenantes. Le Copil préparera un rapport avec des propositions, dans lequel il invitera le gouvernement à se responsabiliser. Le document sera prêt début 2027 en vue des échéances présidentielles de mai.
Information et inscription :
www.union-habitat.org, rubrique Événement.
À lire et relire
À l’occasion du lancement de L’Alliance Hlm pour les énergies renouvelables, l’USH édite un coffret composé de dix ouvrages publiés et pilotés par sa direction de la Maîtrise d’ouvrage et des politiques patrimoniales depuis deux ans sur le thème.
• Les organismes de logement social, acteurs de la production décarbonée et locale de l’énergie
• La valorisation des énergies renouvelables produites par les organismes Hlm, cahier Repères n°157
• Production d’énergie et autoconsommation : faciliter la mise en place d’un projet d’autoconsommation collective, cahier Repères n°122
• Les géothermies : opportunités et retours d’expérience pour le parc social, cahier Repères n°141
• Panorama des pompes à chaleur (PAC) en immeubles de logements collectifs
• Réseaux de chaleur urbains : quels potentiels pour les territoires, cahier Repères n°143
• Mini-réseaux urbains : la chaleur renouvelable à prix maîtrisé, cahier Repères n°161
• Panorama du solaire thermique dans le logement social
• Panorama du bois énergie en immeubles de logements collectifs
• Panorama gaz verts : enjeux pour le logement social et les territoires
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PARU DANS ACTUALITÉS HABITAT N°1243 DU 15 novembre 2025
Actualités Habitat n°1243
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