Date de publication :
15 décembre 2025
Auteur(s) :
AGNÈS FERNANDEZ
Eaux pluviales : le retour à la terre
Déconnecter les eaux pluviales afin de les infiltrer à la parcelle plutôt que de les laisser saturer les réseaux d’assainissement. Ces actions devenues prioritaires sont financées par les Agences de l’eau via des appels à projets… Mais ces moyens sont sous-utilisés. L’URH des Hauts-de-France relève le défi pour limiter les impacts sur la ressource en eau et améliorer l’état du milieu naturel.
Les moyens sont là : l’Agence de l’eau Artois-Picardie a lancé le 1er janvier 2025 un appel à projets doté de 6 M€ intitulé “Gestion de l’eau et de la biodiversité dans les parcs locatifs des bailleurs”. De son côté, la direction régionale de la Banque des Territoires a sanctuarisé 500 000 € pour de l’ingénierie de projet sur la gestion intégrée des eaux pluviales (Giep). Elle finance aussi 20 jours d’accompagnement par organisme Hlm pour mettre en œuvre la Giep (20 bailleurs peuvent en bénéficier). Une manne donc. Pourtant, à ce jour, seulement 500 000 € ont été sollicités… Il reste donc 5,5 M€ à utiliser d’ici la date de clôture, en juillet 2026. « N’hésitez pas à participer et profiter de cet AAP, au risque que cette enveloppe ne soit pas renouvelée ! », exhortait Hervé Canler, chargé d’études Gestion des eaux pluviales à l’Agence de l’eau Artois-Picardie, le 29 novembre, lors de la journée régionale Habitat social et gestion de l’eau, organisée par l’URH des Hauts-de-France, en partenariat avec l’Agence de l’eau Artois-Picardie, la Banque des Territoires et l’association Adopta, au lycée agricole Biotech de Douai.
Sortir du « tout tuyau » et hydrater les sols
La gestion intégrée des eaux pluviales consiste essentiellement à favoriser l’absorption des pluies à la parcelle afin de réduire la pression sur les réseaux d’assainissement. Avec un objectif simple : sortir de la politique du “tout tuyau” pour privilégier les solutions basées sur la nature. Qui présentent l’autre avantage de créer des îlots de fraîcheur, des jardins de pluie, et autres aménités urbaines bienvenues. Et d’hydrater les sols, ce qui contribue à limiter le phénomène du retrait-gonflement des argiles (RGA).
En préambule de cette journée, la directrice de l’URH des Hauts-de-France, Emma Desette, avait encouragé les participants à « investir le sujet de l’eau, qui figure parmi les cinq thèmes stratégiques portés par l’UR, les autres étant : l’adaptation au changement climatique, le gaz vert, la décarbonation et la sobriété foncière ». Très active sur ce sujet dans une région où les inondations sont courantes, notamment dues aux ruissellements et aux remontées de nappes, l’UR accompagne les organismes dans leurs choix techniques, et mène des études sur les potentiels de décrochement des réseaux d’eaux pluviales vers ceux d’assainissement. Dans les Hauts-de-France, le parc social constitue un quart des résidences principales, et est souvent composé de maisons individuelles. L’association régionale note que les bailleurs jouent un rôle de modèle, voire de locomotive en matière de bonnes pratiques.
L’URH des Hauts-de-France a mené, conjointement avec la Setec et le CSTB, une étude sur la vulnérabilité du parc social. Avec une méthodologie éprouvée : mesurer l’exposition aux risques d’un côté, la sensibilité du bâti de l’autre, afin d’identifier les facteurs de résilience. Simon Rambour, responsable du pôle Territoires et transitions, en a présenté les résultats… édifiants : « À l’horizon 2100, 49 % du parc sera fortement ou très fortement vulnérable à l’aléa inondation et au risque retrait et gonflement des argiles (RGA) ; 30 % du parc sera fortement ou très fortement vulnérable à au moins deux aléas inondation ; et 20 % fortement ou très fortement vulnérable au risque RGA (retrait-gonflement des argiles). Pire, trois secteurs cumulent quatre aléas : la MEL (métropole européenne de Lille), le bassin minier et la vallée de l’Oise ». Tous ces risques induisent une augmentation du coût des travaux et des primes d’assurance. Pour y faire face, l’UR a réalisé une base de données à destination des bailleurs afin de recenser les aléas qui peuvent concerner leur bâtiment et/ou leur parc.
Sobriété, bon sens et co-construction
Ingénieure hydraulique pour le bureau d’études BRL Ingénierie, Fanny Orsucci mène des projets Giep avec un groupe de quatre bailleurs : réalisation de diagnostics, accompagnement et portage de scénarios de conception, partage de retours d’expérience. Elle insiste : « La Giep n’est ni une norme ni une règle ni un ouvrage ni un produit ni un paysage. C’est plutôt un processus de projet basé sur la co-construction. Il s’agit de connecter les projets au cycle naturel de l’eau, de gérer celle-ci de façon diffuse, de ne pas concentrer les flux, et de la considérer comme une ressource plutôt qu’un déchet ».
D’autant que ces solutions fondées sur la nature permettent de réaliser des économies conséquentes en matière d’aménagement… si bien sûr elles sont adaptées et correctement mises en œuvre. Comme le note François Outin, directeur du Développement et de la maîtrise d’ouvrage de la Semac, sur l’île de La Réunion (lire l’article ci-dessous) : « La Giep s’émancipe des principes d’autrefois et déconstruit les politiques dites hygiénistes basées sur des produits manufacturés, tuyaux, grilles et caniveaux. Et ces solutions low tech coûtent moins cher en termes d’exploitation. Reste que nous sommes dans un secteur marchand où le modèle économique des bureaux d’études est basé sur un pourcentage du coût total des travaux ». Ils n’auraient donc pas intérêt à ce que ce coût diminue… François Outin alerte sur la nécessité, avant de monter un projet Giep, de mener une étude approfondie sur le site concerné, de dresser un historique des pluies, d’analyser le contexte topographique, climatique et géologique. Il note aussi qu’« aujourd’hui, les paysagistes s’impliquent davantage dans la Giep, travaillent sur la transparence hydraulique, les courbes de niveau et l’altimétrie ». Depuis que la Semac a développé un label Giep avec Qualitel, « nous organisons des sessions de formation avec des architectes-paysagistes, des urbanistes, des spécialistes de la VRD et des bureaux d’études ». Objectif : faire en sorte que les maîtres d’œuvre ne travaillent plus tout seuls dans leur coin mais s’engagent avec les maîtres d’ouvrage et les spécialistes dans une véritable co-construction des projets Giep.

Revêtements perméables des aménagements urbains. © Shutterstock
Le Challenge BarEaumètre
Lancé par l’USH et les Agences de l’eau en 2024 (lire AH 1214), le grand challenge BarEaumètre vise à mettre en lumière les actions déployées par les organismes Hlm pour désimperméabiliser, déraccorder, récupérer et réutiliser l’eau de pluie. Les résultats sont annoncés lors du Congrès Hlm. Entre le 2e semestre 2024 et le 1er semestre 2025, les Agences de l’eau ont aidé 72 opérations Hlm, soit un budget total d’études et de travaux de 59 M€ et un montant d’aide des Agences de l’eau de 9 M€. 33 hectares ont été désimperméabilisés (l’équivalent de 47 terrains de foot), et 106 récupérateurs d’eau de pluie installés.
En tête de ce peloton, l’URH des Hauts-de-France a obtenu en 2025 le Trophée BarEaumètre (lire AH 1241-1242) avec la plus forte progression du nombre de dossiers, dans le cadre d’un partenariat tripartite avec l’Agence de l’eau Artois-Picardie et la Banque des Territoires : 47 M€ de travaux et études éligibles ; 2,6 M€ d’aides de l’Agence de l’eau (mi 2024-mi 2025) et 154 974 m2 déraccordés et désimperméabilisés.
À La Réunion, La Volière résiste au cyclone
La résidence La Volière a résisté au cyclone Garance le 24 février 2025. « Ni les personnes ni les biens n’ont été impactés. Nous n’avons constaté ni inondation ni mise en péril », témoigne François Outin, directeur du Développement de la Semac, maître d’ouvrage de cet ensemble urbain livré en mai 2024 et composé de 68 logements (20 sociaux et 50 intermédiaires). Dès les premières phases de conception, ce projet avait été pensé dans une démarche de gestion intégrée des eaux pluviales (Giep). « Low tech mais pas low cost », insiste-t-il. Car nous sommes ici dans un contexte hydraulique contraint, où les services de l’État interdisent tout rejet d’eaux pluviales dans le réseau public.
Proche de la ville de Saint-Pierre, à proximité du périmètre opérationnel du NPNRU de Bois d’Olives, la résidence est implantée entre un quartier pavillonnaire et des champs de canne à sucre. Un fin travail de paysage a été mené afin de gérer les eaux pluviales (descentes de toitures et eaux de surface) en s’appuyant sur des solutions exclusivement fondées sur la nature. L’opération a été découpée en huit bassins-versants et cinq espaces verts en creux ; trois chaussées réservoirs ont été mises en place. Le cheminement des écoulements en surface se fait sur de courtes distances grâce à des noues ou une rivière sèche. Les ouvrages ont été dimensionnés pour stocker, évaporer et infiltrer la pluie trentennale. Au-delà de cette pluie, les surverses permettent d’acheminer les eaux pluviales vers un chemin, sans atteindre les zones bâties.
La Semac, le cabinet d’ingénierie hydraulique Elleny et l’association Qualitel ont créé en mai dernier le label Giep, spécialement adapté aux opérations d’aménagement et de renouvellement urbain à La Réunion. Une initiative collaborative qui répond aux besoins spécifiques du territoire réunionnais en matière de résilience climatique et de préservation des ressources naturelles. En métropole le “profil Giep”, adossé à la certification NF Habitat / NF Habitat HQE, sera disponible sur le site de Qualitel au 1er janvier 2026.

Le travail de paysage mené dès la conception du projet s’appuie sur des solutions exclusivement fondées sur la nature. © Semac
Les subventions de l’Agence de l’eau Artois-Picardie
• Techniques vertes, noues, jardins de pluie, toitures végétalisées : subvention de 70 % du montant des travaux éligibles et/ou des études
• Techniques grises, revêtements poreux, puits d’infiltration : 40 %
• Étude de potentiel de déconnexion d’un patrimoine : 70 %, avec un plafond de 70 000 €
• Réhabilitation des réseaux d’assainissement et des réseaux d’eau potable : 30 % des travaux et 30 % des études et diagnostics
• Récupération des eaux pluviales : 40 %
• Cuves de récupération enterrées : 40 %
• Kits hydro économes : 40 %
• Compteurs d’eau individuels pour logements collectifs : 40 %
Contacts : Simon Rambour, URH Hauts-de-France - s.rambour@union-habitat.org ; Hervé Canler, Agence de l’eau Artois-Picardie - h.canler@eau-artois-picardie.fr
Un showroom pour tout comprendre in situ
L’association Adopta accompagne, sensibilise et forme les différents acteurs publics et privés de l’aménagement à la gestion durable et intégrée des eaux pluviales. Elle est implantée dans les Hauts-de-France, à Douai (59) et Clairoix (60), sur le bassin Rhin-Meuse, à Metz (57), et dans les départements de Maine-et-Loire (49) et Mayenne (53).
Elle a développé à Douai, sur le site du lycée Biotech, des espaces de démonstration qui présentent, sur 1 000 m2, un panel de dispositifs à adopter pour une gestion durable et intégrée des eaux pluviales : solutions fondées sur la nature, revêtements perméables, ouvrages enterrés, équipements annexes.

Allée en béton drainant (avec la marelle) ; à gauche, pavés avec écarteur (à joints élargis) aux normes PMR ; au centre, une noue en légère pente équipée d’un gabion pour ralentir l’eau. © Adopta
Renouv’Eau
La Fédération des OPH a lancé auprès de ses adhérents l’appel à projets Renouv’Eau. L’objectif est de valoriser les initiatives des Offices Hlm autour de la question de l’eau dans une perspective de durabilité : réduire la consommation d’eau, mieux utiliser la ressource, dépolluer, protéger le patrimoine des inondations, gérer les dégâts des eaux dans les logements, sensibiliser sur ces questions...
Date limite de réception des candidatures : 9 janvier 2026. La remise des prix aura lieu à Paris le 26 mars 2026.
Contact : Sébastien Cuny, directeur de l’Innovation et des transitions - s.cuny@foph.fr
Le BarEAUmètre 2025 est attribué à l'UR Hlm des Hauts-de-France
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PARU DANS ACTUALITÉS HABITAT N°1245 DU 15 décembre 2025
Actualités Habitat n°1245
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