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Thème de la publication
Congrès Hlm
Numéro

Actualités Habitat n°1213

Paru dans

JUIN 2024

Actualités Habitat n°1213

Date de publication :

01 juillet 2024

Auteur(s) :

LA RÉDACTION

Interview d'Emmanuelle Cosse : "La crise du logement n'est pas une fatalité et nous ne baissons pas les bras"

Trois mois avant le Congrès Hlm de Montpellier, et à la veille d’élections législatives dont l’immédiateté et les perspectives bouleversent la vie politique française, Actualités Habitat interroge Emmanuelle Cosse sur ces échéances exceptionnelles. Échanges avec une présidente de l’USH qui a fait le choix de la combativité et de l’optimisme.

Quel regard portez-vous sur le contexte dans lequel se déroulera le 84e Congrès Hlm, qui se tiendra à Montpellier du 24 au 26 septembre ?

Ce qui est certain, c’est que ce congrès intervient dans un moment politique très particulier. À l’heure où je vous réponds, nous ne savons pas qui sera le ministre du Logement. En revanche, ce que je sais, c’est que la crise du logement et les difficultés que traverse le logement social et que connaissent en premier lieu les 2,6 millions de ménages demandeurs d’un logement social ne vont pas disparaître grâce à la magie d’une dissolution. Donc notre cap n’a pas changé : nous luttons pour un logement locatif et une accession sociale à la propriété accessibles et de qualité.

À la place qui est la nôtre, depuis plus de 100 ans, notre projet est de permettre à tous nos concitoyens aux revenus modestes un accès au logement, sans discrimination et sans considération pour leur ancienneté dans la communauté nationale. N’oublions pas que le “creuset français” a accompagné l’industrialisation, l’essor des Trente Glorieuses et aujourd’hui les territoires de réindustrialisation. Notre sujet n’est pas politique, c’est tout simplement le socle républicain de notre pays depuis de très nombreuses décennies.

Et nous continuerons d’interpeller, fermement mais respectueusement, le gouvernement qui sortira de ce scrutin, parce qu’il n’est pas possible de laisser le pays s’enfoncer dans une telle crise sans une remise en question profonde de la politique du logement telle qu’elle a été menée ces dernières années. Les analystes nous livreront leurs analyses, et je pense que nous verrons que la question de la difficulté à se loger à des prix raisonnables et dans des conditions décentes a sans doute été une motivation électorale. Mais mon sujet est d’abord et avant tout d’aider les pouvoirs publics à concevoir une politique du logement dynamique, équilibrée, et ambitieuse. Or, l’ambition, et je parle de l’ambition patiente et tenace qui transforme véritablement les politiques publiques, c’est ce qui a cruellement manqué ces dernières années. Aujourd’hui, tous les acteurs du secteur du logement et de la construction, privés comme publics, se rejoignent sur la nécessité de changer de philosophie d’action.

 

Quel est votre regard sur la crise du logement que nous traversons depuis plusieurs années ?

La crise du logement n’est pas une fatalité et nous ne baissons pas les bras. Je le réaffirme ici, je crois à une relance non pas du logement social, mais par le logement social. Par la masse qu’il représente en matière de savoir-faire et d’investissement, le Mouvement Hlm a une capacité d’entraînement et de mobilisation qu’aucun autre acteur du secteur n’a. Nous parlons aux mondes de l’entreprise, de la construction et de la rénovation, au secteur associatif, aux locataires, aux acteurs bancaires, aux élus et dans un esprit constructif avec tous. Pour activer cette capacité à agir, l’État doit de son côté jouer son rôle de pilote et de soutien à l’activité. Quoi qu’en disent les partisans du “laisser-faire”, des leviers existent en matière d’aides directes, de fiscalité et de simplifications pour relancer notre secteur. Ne pas le voir, c’est faire une mauvaise analyse de la situation et surtout se priver des moyens de sortir de la crise. Je le dis très sincèrement, c’est aussi alimenter la crise démocratique qui, in fine, risque de nous rattraper toutes et tous, quels que soient nos sensibilités et nos positionnements professionnels.

Vous avez placé ce Congrès sous le signe de l’innovation. Pourquoi ?

Je vais peut-être vous surprendre, mais le logement social ne se défendra jamais mieux qu’en revendiquant sa capacité à faire. Nous avons une chance formidable : plus de 80 000 salariés et salariées des organismes œuvrent chaque jour pour rendre concrète une ambition d’intérêt public, celle de loger la France telle qu’elle est. C’est une chance, un moteur professionnel et une responsabilité : l’innovation n’est pas une option, elle s’impose comme une nécessité.

Dans notre rapport au Congrès, nous avons choisi de donner la parole à une dizaine de directeurs généraux et directrices générales d’organismes en leur demandant de nous parler de la manière dont ils intègrent l’innovation pour faire face aux défis qui sont les leurs, en matière de transition environnementale et énergétique, de construction et de rénovation, de politiques sociales, de ressources économiques ou encore de management. Nous avons identifié une cinquantaine d’initiatives concrètes qui matérialisent cette dynamique, issues notamment des Trophées de l’innovation ou du Lab Habitat. C’est, je crois, un témoignage de la vivacité et de l’agilité de notre secteur. J’ai par ailleurs la chance de me rendre tous les mois sur le terrain des organismes, à l’invitation de nombreux bailleurs, pour constater leurs réussites ou tenter de supprimer les différents obstacles. C’est, à chaque fois, un enrichissement et une fierté parce que les premiers à faire vivre notre conception de l’innovation, c’est-à-dire une innovation utile, inclusive, pragmatique, reproductible, ce sont les organismes eux-mêmes, dans la diversité des territoires.

 

« Les organismes Hlm font vivre une conception de l’innovation utile, inclusive, pragmatique, reproductible, dans la diversité des territoires. »

Quels grands sujets seront abordés lors de ce Congrès ?

Comme lors de chaque édition, nous essayons de concevoir, avec les équipes de l’Union, le programme le plus fidèle possible à ce que nous ressentons des préoccupations des organismes. Le résultat, c’est un programme où s’enchaînent et cohabitent plus de 80 événements de format divers, répartis dans 4 espaces dédiés. Je ne vais pas présenter ici l’intégralité du programme, juste pointer quelques-unes de nos tables rondes, non pas pour mettre en avant tel ou tel sujet, mais pour rendre compte de la diversité et du foisonnement des thématiques et des questions qui nous occuperont pendant ces trois jours de congrès.

La question du “choc de l’offre” inaugurera nos débats. Cela renvoie bien sûr, en arrière-plan, au projet de loi qui était en cours de discussion au Parlement et dont nous ne connaissons pas le destin. Mais la question est plus générale car, au-delà du slogan, il y a une question de fond : est-ce qu’une politique qui mise sur le choc de l’offre, en gommant la question de la solvabilisation de la demande, est à même de répondre aux besoins ? Les réponses à cette question structurante vont déterminer la nature de l’action publique.

Nous aurons également un temps consacré au renouvellement urbain. C’est un sujet fondamental, profondément républicain et dont on constate qu’il est parfois malmené dans les débats publics. Mais la réalité - et ce qui devrait être acquis par toutes et tous  - c’est que sans le renouvellement urbain, la promesse d’égalité républicaine ne serait pas tenue dans beaucoup de nos quartiers. Or, nous arrivons à un moment charnière : il nous faut terminer le NPNRU en accélérant et, dans le même temps, dessiner le futur du renouvellement urbain. Nous ne devons pas laisser planer d’incertitude sur le devenir des quartiers et des moyens alloués à cette politique. S’il y a bien un domaine qui exige de l’ambition et de la constance, c’est l’action à destination des quartiers. J’espère, à l’occasion du Congrès de Montpellier, que nous pourrons accueillir le nouveau ou la nouvelle présidente de l’Anru.

Enfin, nous aborderons un sujet rarement traité (en tous les cas lors de nos derniers congrès) qui est une autre manière de mettre en scène la question de l’innovation. Les métiers de la construction et de la rénovation sont en plein bouleversement, du fait des évolutions réglementaires, de l’arrivée à maturité de nouveaux procédés constructifs, de l’impératif de sobriété. Nous sommes intimement liés au monde du bâtiment et de la construction. Il est à la fois indispensable et instructif de voir comment ce secteur évolue, comment ses métiers s’adaptent et se renouvellent. Nous avons sans doute beaucoup à apprendre de ces transformations.

Mais un Congrès Hlm c’est aussi un temps de convivialité, d’engagement et de mobilisation du monde Hlm pour faire vivre ses partenariats et ses alliances. Nous y signerons plusieurs conventions, nous y accueillerons nos grands partenaires, au premier rang desquels la Caisse des dépôts et son directeur général, Éric Lombard. Nous remettrons des prix, des diplômes et des trophées. Le Congrès Hlm, c’est avant tout une vitalité qui, malgré les difficultés, est toujours au rendez-vous. J’ai été frappée, lors du Congrès de Nantes, par des témoignages de congressistes qui avaient trouvé, dans le congrès, un supplément d’énergie. Je ne doute pas qu’à Montpellier il en sera de même. N’oublions pas ces prochains mois que l’optimisme est un choix de vie !

Propos recueillis par la rédaction d’Actualités Habitat

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PARU DANS ACTUALITÉS HABITAT N°1213 DU 30 juin 2024

Actualités Habitat n°1213

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