L'Union sociale pour l'habitat
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Doutes en série sur l'atteinte des objectifs de rénovations énergétiques AH

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"On dit qu’on veut rénover thermiquement 500 000 passoires thermiques, qui est la condition pour baisser notre consommation d’énergie, mais on a baissé de moitié les moyens pour pouvoir rénover ces bâtiments. Je savais très bien, en actant ce plan, qu’on ne pourrait pas réaliser les objectifs". Tel est l’aveu d’impuissance de Nicolas Hulot concernant le plan de transition énergétique des bâtiments, au micro de France Inter, le 28 août, alors qu’il annonce sa démission du ministère de la Transition écologique et solidaire.

Quelques semaines plus tôt, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) avait fait le même constat, dans une note datée du 12 juillet. Ses deux auteurs, les députés Jean-Luc Fugit et Loïc Prud’homme, estiment que trop peu de moyens sont mis en œuvre pour la rénovation énergétique. Selon eux, le rythme actuel ne permettra pas à la France d’atteindre ses objectifs de baisse des émissions de gaz à effet de serre et de réduction des consommations énergétiques des bâtiments(1), qui "nécessitent une véritable rupture dans la démarche de rénovation énergétique des bâtiments".

Au-delà de ce constat, les deux députés avancent plusieurs idées pour lever les obstacles actuels :

  • rendre la rénovation énergétique plus attractive en l’associant à l’amélioration de la qualité de vie dans l’habitat, en développant de nouvelles offres de produits adaptés à des situations diversifiées, embarquant plusieurs fonctionnalités, à un coût attractif ;
  • remplacer les nombreuses plateformes de rénovation énergétique actuelles par un dispositif de pilotage national, qui deviendrait le point de passage obligé pour l’obtention des aides à la rénovation ;
  • identifier de nouvelles solutions d’ingénierie financière, par exemple un mécanisme hypothécaire inspiré du viager ;
  • créer un véritable observatoire du bâtiment permettant de suivre la situation réelle du parc et d’établir un référentiel de données ;
  • développer la recherche scientifique et créer un institut de recherche dédié dans le bâtiment, pour faire émerger de nouveaux matériaux plus performants, plus simples et rapides à mettre en œuvre en rénovation, à l’image des aérogels, des isolants minces, des matériaux biosourcés et des technologies permettant la récupération de la chaleur fatale des fluides du bâtiment ;
  • s’appuyer davantage sur les technologies numériques capables de répondre à ces enjeux, notamment la gestion active de l’énergie par les objets connectés, l’analyse massive des données ou l’intelligence artificielle. Sur ce point, les deux députés estiment que le BIM, s’il est performant pour la construction neuve, "n’est pas transposable à la rénovation sans un important travail d’adaptation".
(1) Baisse de 40% des émissions en 2030 et de 75% en 2050 par rapport à 1990, et diminution de 38% des consommations d’énergie finale en 2020 et de 50% en 2050, par rapport à 2012.