L'Union sociale pour l'habitat
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Les plénières du Congrès : comment continuer à être acteur de la transition écologique dans une contexte contraint ? AH

Le Mouvement Hlm est un acteur historique de la transition énergétique. Avec en perspective la future réglementation environnementale et les objectifs de la Stratégie bas carbone, le secteur évolue et innove, pour répondre à la prise de conscience écologique et aux nouveaux usages. Ces enjeux nécessitent un accompagnement des habitants, dans un contexte financier contraint. Des idées émergent pour trouver des solutions et embarquer toutes les parties prenantes.

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"Aujourd’hui, qu’ils soient Gilets jaunes, lycéens, marcheurs pour le climat, il n’y a pas un endroit où les gens ne sont pas mobilisés", estime la députée Marjolaine Meynier-Millefert en ouverture de la table ronde. La prise de conscience environnementale est réelle. Comme elle, Michel Fréchet, président de la Confédération générale du logement, considère que "le tournant est pris. La société française s’oriente vers une démarche de modifications des comportements. Mais ça ne suffit pas, il faut accélérer le mouvement." Stéphane Dauphin souligne que "la vulnérabilité est climatique, environnementale, sociale et nous oblige à modifier totalement la façon dont nous abordons un certain nombre de sujets." Pour le directeur général de Paris Habitat, face aux canicules, la question principale est celle du confort d’été. "Aujourd’hui, on est dans une société qui ne sait plus vivre quand il fait 37 degrés. Cet été, un bailleur d’Amsterdam a été condamné par la justice, poursuivi par un locataire parce qu’il faisait trop chaud dans son logement", témoigne-t-il.

Les bailleurs sociaux aux avant-postes

Avec la Stratégie nationale bas-carbone, la France vise un objectif ambitieux, celui d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Mais comment y parvenir ? "Notre outil de production global pour accompagner ce cadre-là n’est pas encore formé, poursuit Marjolaine Meynier-Millefert. Quand on dit qu’il y a 8 millions de passoires thermiques à éradiquer, on n’est même pas sûrs du chiffre. On est encore en train de se structurer sur ces sujets."

Avec 100 000 rénovations énergétiques annuelles, les organismes de logement social sont plutôt bons élèves de la transition écologique. Le secteur est à l’avant-garde de l’innovation, comme le relève la députée : "Le logement social, c’est 30% d’énergie en moins par logement que dans le parc privé. Il faut que vous puissiez continuer à rester les innovateurs et les expérimentateurs que vous êtes, pour tirer toutes les personnes qui vont avoir à s’engager derrière vous. Parce que quand vous innovez, dix ans plus tard, c’est démocratisé pour tout le monde."

Parmi les expérimentations actuelles, il en est une, menée pour l’instant sur des bâtiments tertiaires, qui intéresse de près les bailleurs sociaux. Le concours CUP 2020, lancé par l’Institut français pour la performance du bâtiment (IFPB), a permis de générer en moyenne 12,5% d’économies d’énergie. "Je parie que dans le monde des bailleurs sociaux, on peut aller chercher des économies d’usage massives d’environ 200 euros par foyer sur cette première marche d’efficacité énergétique, si on la globalise", s’enthousiasme Cédric Borel, directeur de l’IFPB. Les bailleurs intéressés de s’associer à l’expérimentation sont invités à contacter l’USH.

D’autres initiatives mises en œuvre pour générer des économies pour les locataires sont évoquées, parmi lesquelles la télérelève des consommations d’eau. Sur cet enjeu, Fabienne Abecassis, directrice générale de Logirem, estime que "le coût, l’accès et le traitement de l’eau sont des problèmes majeurs." "Il serait bien de réfléchir dans notre pays à la création d’un service public de l’eau", ajoute Michel Fréchet.

Accompagner les locataires

"Une révolution est à l’œuvre dans la manière de construire, constate Stéphane Dauphin. Comme les autres bailleurs parisiens, nous sommes signataires d’un Plan climat très disruptif et novateur, car il nous oblige aussi à changer nos habitudes. Nous commençons à réfléchir sur le réemploi, les matériaux biosourcés, les filières sèches, qui constituent un vrai gisement d’économies financières et de matériaux." Il déplore cependant la complexité des contraintes juridiques et plaide pour "desserrer le cadre". Même problème pour les certificats d’économie d’énergie, "dont l’ingénierie est lourde et compliquée, selon Fabienne Abécassis. Il y a des choses à structurer pour fiabiliser et simplifier."

Pour Cédric Borel, la future réglementation environnementale permettra d’aller encore plus loin : "C’est une élaboration extrêmement active des pouvoirs publics et des professionnels, la première fois qu’on met en place une réglementation assistée par l’expérimentation. Ce socle-là va permettre véritablement de décarboner la production." "À condition d’impliquer pleinement les locataires, estime Jean-Baptiste Lebrun, directeur du CLER - Réseau pour la transition écologique ; les enjeux d’accompagnement sont très importants car c’est l’usager qui pilote la consommation d’énergie. Il faut des experts formés sur le terrain, à la fois aux questions techniques, sociales, au plus près. Les bailleurs le font, ça passe aussi par des intervenants extérieurs, collectivités, associations, espaces info-énergie." Un tissu de proximité qui, selon lui, doit être "consolidé".

Si elle aussi insiste sur l’importance de l’accompagnement, Fabienne Abecassis rappelle qu’il y a parfois "un hiatus entre les prescriptions techniques et l’usage des habitants", par exemple dans les bâtiments BEPOS, "où on ne peut pas ouvrir les fenêtres en grand, sinon on ne répond plus aux caractéristiques techniques." Alors que la clause de revoyure d’avril dernier prévoyait une possibilité de financer l’accompagnement des locataires, elle estime qu’il "faudrait penser à cela aussi pour l’accompagnement sur le développement durable. Si on veut être à la mesure du défi devant nous, il faut forcément bouger les lignes."

Pour Stéphane Dauphin, "notre responsabilité va être de prendre de nouveaux engagements car la ville bas carbone va nécessairement aller plus loin, dépasser les intérêts économiques et de rentabilité. Nous allons devoir porter des projets qui auront un coût supplémentaire et pas de gains immédiats en termes de charges pour les locataires, mais des gains en termes de confort."

Financer ces projets s’avère compliqué… particulièrement actuellement, alors que les organismes doivent faire face à la RLS. Cette question se pose aussi pour les nouveaux usages. Michel Fréchet témoigne ainsi de l’émergence de la demande de bornes de recharge pour les véhicules électriques dans les parkings. "Il y en a déjà 50 000, mais il va falloir prendre ce virage-là de manière beaucoup plus forte" appuie Stéphane Dauphin.

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Les organismes de logement social doivent répondre aux nouveaux usages, notamment faire face à la demande émergente d’infrastructures de recharges de véhicules électriques dans leurs parkings.

Des idées, des propositions

D’autres leviers d’actions sont évoqués. Fabienne Abecassis et Marjolaine Meynier-Millefer s’accordent à penser qu’il faut utiliser les nombreuses données collectées aujourd’hui, pour réaliser des sources d’économies notables. La première propose un échange de données entre le ministère des Finances et les bailleurs sociaux, pour éviter par exemple de réaliser chaque année les enquêtes SLS. Ces économies pourraient financer l’accompagnement aux bons usages du logement. La seconde estime que les données collectées devraient permettre, notamment dans le cadre des rénovations énergétiques, de "mettre en face la personne et l’offre qui lui est adaptée. Google sait faire cela très bien. Pourquoi est-ce que nous n’utiliserions pas des algorithmes intelligents du même ordre ? Ces données-là, on ne les met ni au service des habitants, ni au service des politiques publiques."

Michel Fréchet propose, lui, au Mouvement Hlm d’être "beaucoup plus militant dans le domaine de l’écologie" et d’exercer des pressions sur les industriels avec lesquels les organismes travaillent, qui produisent leurs solutions et équipements dans d’autres pays tels la Chine et l’Inde, exportant ainsi la pollution. Relevant "une mutation des pensées", Marjolaine Meynier-Millefert analyse que les ressources exploitées de manière infinie sans conséquences répondaient à "la promesse d’une forme de capitalisme, une promesse qui a été tenue." Elle estime cependant que d’autres formes de consommation peuvent être mises en place, suggérant "une forme de frugalité." "Pour que les choses avancent, analyse Michel Le Faou, vice-président de la métropole de Lyon et adjoint au maire de la Ville, il ne faut pas rester dans une querelle de chiffres ou de techniques, mais il va falloir surtout être en capacité de pouvoir générer de l’émotion pour pouvoir embarquer l’ensemble de nos concitoyens."

Au final, Jean-Baptiste Lebrun en appelle au besoin de "construire des discours positifs et de démontrer que cela marche. Il y a un enjeu très fort de confiance et de crédibilité dans ces démarches. Il faut construire des cadres de co-responsabilité partagée par tous les acteurs, plutôt que de se renvoyer la balle. Ce pari est vertigineux, mais il est gagnant parce que cela va aller très vite. J’espère que le monde Hlm continuera à s’engager dans ce pari pleinement", conclue-t-il.

Intervenants : Fabienne Abecassis, Logirem ; Cédric Borel, Institut français pour la performance du bâtiment ; Stéphane Dauphin, Paris Habitat; Michel Fréchet, Confédération générale du logement ; Jean-Baptiste Lebrun, CLER - Réseau pour la transition énergétique ; Michel Le Faou, Métropole de Lyon ; Marjolaine Meynier-Millefert, députée de l’Isère.

Animation : Olivier de Lagarde, journaliste.