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Étude Insee : des conditions de confinement inégales AH

En cette période de crise sanitaire liée au Covid-19, qui contraint 67 millions de Français à vivre confinés dans leur logement, la suroccupation des logements, et plus globalement le confort des logements, apparaissent comme un enjeu social et humain majeur. Retour sur l’étude de l’Insee, publiée en avril 2020(1), qui indique que cinq millions de personnes résident dans des logements suroccupés et 10,5 millions vivent seules.

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Si l’annonce du confinement et sa mise en place ont pu s’accompagner de mouvement de population, près des deux tiers de la population vit habituellement dans une maison, laquelle possède un jardin dans 95% des cas. Mais plus d’un tiers vit en appartement, où l’extérieur est plus restreint, rappelle l’Insee. Ainsi, en 2013, seules 2% des résidences principales en immeubles collectifs possédaient des espaces privatifs (jardin, terrain ou cour). Par ailleurs, en 2016, plus de 5 millions de personnes, soit 8,2% de la population, hors Mayotte, vivaient dans un logement suroccupé(2). Cette situation touche 3,2% de la population vivant en maison et 16,5% de celle vivant en appartement. 74% des ménages concernés habitent dans une agglomération de plus de 100 000 habitants, dont 40% dans l’agglomération parisienne. Cette suroccupation est aussi très concentrée sur le plan géographique. Elle ne concerne que 2,3% des ménages dans les agglomérations de moins de 10 000 habitants, mais 5,3% dans celles de plus de 100 000 habitants. Mais elle atteint 13,4% dans l’agglomération parisienne, 11,7% à Nice, 9% à Creil, 8,6% à Marseille et 7,3% à Montpellier. L’Île-de-France (12,7%) et la Provence-Côte d’Azur (7,5%) sont les deux régions où la suroccupation des logements est la plus forte. La situation est encore plus marquée dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville de ces régions où ce taux est de respectivement 25,4% et 18% des ménages, et peut atteindre 35% sur quelques sites. Ces chiffres peuvent être une des explications à la difficulté de faire respecter le confinement dans certains quartiers. La suroccupation est aussi importante en Corse (6,1%), région où la moitié de la population vit en appartement et dans les DOM où ce taux grimpe à 34,5% en Guyane, 10,4% à La Réunion, 9% en Martinique et 8,7% en Guadeloupe.

Cette suroccupation concerne davantage les familles avec enfants. Selon l’Insee, seulement 1,7% des couples sans enfant vivent dans un logement suroccupé, alors qu’il manque au moins une pièce à 8,1% des couples avec enfants et à 18,1% des familles monoparentales. "En période de confinement, la situation peut être d’autant plus délicate avec de jeunes enfants", conclut l’Insee. Cela peut conduire à des tensions, voire des violences infra-familiales, comme le constate le ministère de l’Intérieur.

Le poids de l’isolement

Dans le même temps, l’étude relève que 10,5 millions de personnes vivent seules dans leur logement, dont 2,4 millions de personnes sont âgées de 75 ans ou plus, dont plus de quatre sur dix vivent dans des agglomérations d’au moins 100 000 habitants. L’Insee souligne néanmoins, "qu’une partie des personnes seules ont pu rejoindre leur famille à l’annonce du confinement." Les autres vivent dans des territoires ruraux, notamment ceux du Centre de la France (Creuse, Nièvre, Indre, Allier, Corrèze), mais aussi en Meuse ou Haute-Saône… Ces personnes âgées isolées sont d’autant plus fragilisées par le confinement lorsqu’elles vivent dans des communes sans aucun commerce alimentaire à proximité. À ce public fragilisé par le confinement, s’ajoutent 1,7 million de personnes vivant sous le seuil de pauvreté dans l’Hexagone, représentant 16,7% de la population seule, et 1,2 million de personnes percevant l’allocation adulte handicapé dont 70% vivent seules.

Cet isolement est renforcé par le non-accès aux nouvelles technologies et notamment Internet auquel 12% des personnes n’ont pas accès, en 2019, à leur domicile, principalement des personnes âgées (53% des 75 ans ou plus) et les peu diplômés, avec des disparités selon les territoires. Sans compter que 2% des enfants de moins de 17 ans ne disposent pas, à leur domicile habituel, de l’abonnement ou du matériel pour se connecter à Internet. Ce taux passe à 3,5% pour les familles monoparentales.

Autant de chiffres qui montrent que la vie des Français, pendant le confinement, dépend largement de leurs conditions de logement.

(1) Étude parue dans Insee Focus n° 189.
(2) Un logement est suroccupé quand il lui manque au moins une pièce par rapport à la norme "d’occupation normale" fondée sur une pièce de séjour pour le ménage ; une pièce pour chaque personne de référence de chaque famille occupant le logement ; une pièce pour les personnes hors famille non célibataires ou les célibataires de 19 ans ou plus ; et pour les célibataires de moins de 19 ans, une pièce pour deux enfants s’ils sont du même sexe ou ont moins de sept ans, sinon, une pièce par enfant. Cette notion de suroccupation diffère légèrement de celle de surpeuplement, également utilisée par l’Insee, notamment dans l’Enquête nationale logement, qui prend en compte la surface de certaines pièces.