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Interview Marianne Louis : le Congrès de la relance AH

Du 22 au 24 septembre prochain, se tiendra à Bordeaux le 81e Congrès Hlm, sur le thème Réussir. Un congrès exceptionnel à plusieurs titres… Ce sera une des premières grandes manifestations de l’après-crise sanitaire, qui a fortement impacté les organismes et le secteur du logement, consacrée aux propositions du Mouvement Hlm pour une relance sociale, économique et écologique, mais aussi une des premières grandes sorties des nouveaux ministres et du nouveau maire de Bordeaux. Marianne Louis évoque ici les grands enjeux de cet événement.

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© G.Roubaud/USH

Actualités Habitat. Beaucoup se sont interrogés, ou s’interrogent encore, sur le maintien du Congrès Hlm de Bordeaux (22-24 septembre). Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

Le président de l’Union, avec les présidentes et présidents de Fédérations, a décidé très tôt du maintien de ce Congrès, et ce pour différentes raisons. D’abord, par souci de responsabilité. Être dirigeants, quand on sent que le pays risque de traverser une crise économique majeure, c’est faire des choix en responsabilité. La décision de Jean-Louis Dumont a été claire : si du point de vue sanitaire le Congrès peut se tenir, il doit se tenir. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Congrès Hlm a toujours eu lieu, et ceci, quelles que soient les difficultés auxquelles le pays était confronté. Le Congrès est le rendez-vous incontournable de la profession, en même temps que la rencontre entre ce milieu professionnel et son écosystème politique, associatif et économique.

Dit autrement, il serait peu responsable d’identifier et de revendiquer le caractère contra-cyclique du logement social, le rôle de donneur d’ordre des organismes Hlm qui sont de grands investisseurs, des employeurs, des acteurs du lien social et de se "défiler", de ne pas tenir ce rendez-vous, dès lors bien sûr que sa tenue ne contrevient pas aux consignes sanitaires.

Et puis, il faut rappeler que la date du Congrès est en lien avec le calendrier parlementaire, et notamment le vote de la loi de Finances pour l’année à venir. C’est donc une situation calendaire stratégique, qui nous permet d’être en lien direct avec l’actualité politique. Dans un secteur comme le nôtre, compte tenu des conséquences de certaines décisions budgétaires sur la production, l’accession sociale, la rénovation, la situation même des locataires, c’est évidemment très important.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Congrès Hlm a toujours eu lieu, quelles que soient les difficultés auxquelles le pays était confronté.

Ce Congrès s’inscrit-il dans le calendrier de la relance souhaitée par le gouvernement ?

Oui, et d’ailleurs le contexte actuel est en lui-même un élément qui rend indispensable ce Congrès. Le Mouvement Hlm veut s’inscrire dans la dynamique de la relance. Il a pour cela des atouts : sa capacité d’investissement - notamment en faveur de la transition environnementale -, son mode de financement de long terme, sa capacité à faire vivre un tissu économique local en favorisant des emplois non délocalisables, son lien avec les politiques locales de l’habitat et donc les nouveaux exécutifs municipaux et métropolitains, et bien sûr, son rôle auprès des populations, et singulièrement les plus fragilisées par la crise économique et sociale.

Nous avons beaucoup travaillé ces dernières semaines pour constituer notre rapport au Congrès, qui sera intitulé Pour être utiles ensemble : les propositions du Mouvement Hlm pour la relance. Plus de 300 organismes ont participé à cette démarche pour enrichir, compléter, amender le travail réalisé en lien avec les Fédérations. Secteur associatif, associations de locataires, associations d’élus ont aussi contribué à travailler sur cette base. La méthode a été innovante, tirant en cela partie de ce que la période nous a imposée, c’est-à-dire à la fois démocratique, virtuelle, co-construite. Quant au fond, il rejoint beaucoup de préoccupations actuelles de notre société : la transition environnementale, l’impératif de production et de rénovation, le soutien à l’économie et à l’emploi, l’attention aux ménages les plus fragiles, la capacité à faire vivre la mixité sociale, et la nécessaire simplification des démarches pour aller plus vite, tout en respectant les règles indispensables.

Le Congrès de Bordeaux sera l’occasion, pour le président de l’USH et les présidentes et présidents de Fédérations de présenter publiquement ces propositions qui répondent à l’objectif d’une relance juste et durable, et d’en faire la pédagogie, y compris de manière interne au secteur. Par exemple, mettre désormais l’accent sur le bas-carbone, c’est orienter différemment notre approche dans le domaine environnemental du cycle de vie du bâtiment. Incidemment, c’est réfléchir également aux indicateurs qui permettront de suivre cette évolution et donc d’en rendre compte publiquement. Cela mérite d’être présenté et débattu avec les organismes eux-mêmes.

D’autres plénières et rencontres sont prévues au programme. Sur quels thèmes en particulier ?

Cette année, nous consacrerons un temps particulier en plénière, dès le mardi, pour revenir sur la manière exemplaire dont les personnels des organismes se sont mobilisés pour répondre aux besoins des habitants face à la crise sanitaire.

Et puis le Congrès, c’est naturellement l’occasion de mettre à l’agenda politique et professionnel des thèmes d’actualité et des sujets plus prospectifs pour faire avancer la discussion avec les parties prenantes. Lorsque nous préparons le programme d’un Congrès, nous essayons d’identifier, plusieurs mois auparavant, des questionnements qui font l’actualité, qui comptent pour les pratiques futures des organismes. S’agissant par exemple des attributions, il est, de notre point de vue, nécessaire de marquer une pause dans la réforme initiée en 2014 pour revenir à ses fondamentaux. On voit bien que l’avènement d’un système de gestion en flux, et non plus en stock, pose un certain nombre de questions s’il est géré trop technocratiquement. Avec un taux de rotation différent selon les contingents, le risque est d’arriver, à moyen terme, à un déséquilibre et une perte de mixité dans le parc social. Il est donc nécessaire, dès maintenant, d’identifier les risques et, le cas échéant, de réexaminer telle ou telle disposition.

Autre exemple, la question de la redistribution. Elle doit être au cœur de la réflexion sur l’équi- libre social et la solidarité nationale. Qu’en est-il aujourd’hui du projet de Revenu universel d’activité sur lequel l’Union, ses partenaires et plusieurs Associations régionales ont été concertés, faisant entendre un point de vue affirmé ? Nous attendons à ce sujet des précisions et une perspective précise.

"Plus de 300 organismes ont participé à l’élaboration des propositions du Mouvement Hlm".

Quelles personnalités sont annoncées au Congrès Hlm de Bordeaux ?

Nous avions invité Édouard Philippe, qui n’avait pu honorer la visite prévue lors du Congrès de Paris du fait du décès de Jacques Chirac. Nous renouvellerons, dans les prochains jours, l’invitation auprès du nouveau Premier ministre, Jean Castex. Ce Congrès peut être pour lui l’occasion de s’adresser directement aux acteurs du logement pour leur faire part de son ambition en matière de politique du logement, et singulièrement de sa vision du rôle du logement social dans la perspective de la relance économique.

Nous accueillerons avec plaisir Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du Logement, Nadia Hai, ministre déléguée chargée de la Ville, et Sébastien Lecornu, ministre des Outre-Mer et de nombreux parlementaires, des élus locaux. Et puis, ce Congrès sera l’occasion d’avoir un échange et d’entendre le point de vue sur le logement d’une nouvelle génération d’élus écologistes, représentée par Pierre Hurmic, le nouveau maire de Bordeaux.

Quelles sont les précautions sanitaires particulières qui seront prises dans le cadre de cet événement ?

Même si nous avons décidé très tôt de maintenir ce Congrès, nous nous sommes bien sûr préparés pour adapter son organisation en fonction du contexte sanitaire que nous connaissons. Et, bien évidemment, ce Congrès ne se déroulera pas comme les précédents. Nous prenons, en lien avec les professionnels du Parc des expositions de Bordeaux, toute une série de précautions que nous adapterons au niveau requis par l’impératif sanitaire. Concrètement, cela signifie plus d’espacement entre les personnes et donc des allées plus larges, le port sans doute obligatoire du masque dans les salles de réunion, une jauge adaptée lors des séances plénières, la mise à disposition de gel hydroalcoolique sur le site. J’ai le sentiment que ces précautions sont aujourd’hui bien intégrées par tout un chacun, dans la vie de tous les jours. Faire un Congrès Hlm sécurisé du point de vue sanitaire, ça ne doit pas vouloir dire un Congrès aseptisé. Le Congrès est d’abord et avant tout un lieu de rencontres et de débats, il doit le rester, toutes précautions prises.