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Logements BBC : nombreux défauts de jeunesse AH

Dans le cadre du projet PREBAT(1), quelque 200 bâtiments démonstrateurs à basse consommation d’énergie font l’objet, depuis 2012, d’une campagne nationale de suivi de leurs performances énergétiques réelles pendant les deux premières années de leur occupation.

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Les bâtiments basse consommation continuent à livrer leurs secrets. L’analyse réalisée dans le cadre de PREBAT par le Cerema(2) a porté sur un échantillon de 141 bâtiments, parmi lesquels 71% d’opérations neuves et 25% de rénovations, avec au total 57% d’habitat (en majorité social), 24% de tertiaire et 18% de bureaux. Premier enseignement : l’isolation thermique du bâti retenue en phase conception est très performante et la mise en œuvre globalement bien réalisée, à l’exception des ponts thermiques, pas assez traités. En revanche, dans un cas sur deux, les consommations mesurées sont supérieures de 10% à celles attendues à la conception, bien que globalement plus faibles en maison individuelle. Cet écart s’explique notamment par la performance de l’enveloppe, la gestion des apports solaires et le dimensionnement des générateurs de chaleur, variables d’une opération à l’autre. On constate en particulier un surdimensionnement des équipements énergétiques, surtout dans les logements où la chaudière est individuelle. Le Cerema estime que "les enjeux de pilotage des installations mais aussi d’entretien ne sont pas suffisamment anticipés." Il souligne que "la performance énergétique ne peut être atteinte qu’avec le concours de tous les acteurs du bâtiment, de la maîtrise d’ouvrage à l’usager" et recommande "l’implication des occupants dans la gestion thermique de leur bâtiment sur l’ensemble du territoire".

Usages en décalage

Car il semble que les logements BBC s’avèrent difficiles à comprendre pour leurs occupants qui privilégient le confort. Pour le chauffage, par exemple, premier poste consommateur d’énergie, en moyenne à hauteur de 50% : la température de consigne des équipements est le plus souvent supérieure de 0 à 3°C aux valeurs de l’étude thermique réglementaire, quel que soit le système. Un constat valable pour d’autres équipements, notamment pour la production d’ECS, avec un écart moyen de 50% entre les besoins évalués et la valeur conventionnelle. "Même dans le cas d’une prise en main explicative du logement, les occupants n’y touchent plus", révèle Myriam Humbert, directrice projets R & D au Cerema. L’évaluation du coût des opérations BBC révèle un surinvestissement de 20 à 25% pour les maisons individuelles, principalement pour le traitement de l’enveloppe et le choix d’équipements plus performants, et de 10% pour les logements collectifs. Mais la performance énergétique atteinte permet une division par quatre en moyenne de la facture énergétique, en habitat individuel, par rapport à un bâtiment RT 2005, et par deux en collectif. Un point positif atténué par l’analyse en coût global (investissement initial + coûts énergétiques + coûts d’entretien et de remplacement) : les surinvestissements sont rarement compensés au bout de vingt ans, mais la rentabilité est meilleure en intégrant les impacts environnementaux.

L’évaluation se poursuit jusque fin 2019, date à laquelle un rapport de référence sera publié.

Pour en savoir plus : Rapport d’évaluation disponible sur le site www.cerema.fr, rubrique Centre de ressources/Nos publications.

(1) Plateforme de recherche et d’expérimentation sur l’énergie dans le bâtiment.
(2) Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement.

"Il faut associer plutôt qu’éduquer"

Par Christèle Assegond, sociologue au Centre d’expertise et de transfert universitaire à l’université de Tours (CETU ETIcS)

"Les logements BBC possèdent une débauche de techniques très coûteuse et l’un des gros travers mis en lumière dans l’évaluation est qu’on n’anticipe pas les coûts de fonctionnement et d’entretien. Or la technique ne peut, seule, permettre d’atteindre la performance. Il faut penser le bâtiment autrement, avec une participation plus ou moins active des occupants pour qu’ils comprennent son fonctionnement et, a minima, qu’ils atteignent le confort souhaité. La prise en compte des usages s’avère nécessaire mais elle compliquée, car on ne sait pas qui va occuper le logement. C’est principalement la trajectoire résidentielle qui joue dans la compréhension du logement, c’est-à-dire si l’on a appris, ou pas, à le réguler. C’est une compétence et elle n’est pas intuitive. Il faut se demander pour qui on construit. L’occupant n’est pas un auxiliaire ou un opérateur au service du bâtiment. Il faut donc associer plutôt qu’éduquer".