L'Union sociale pour l'habitat
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Prix de thèse 2021 Habiter en camping à l'année, une réalité méconnue AH

Jugé “exceptionnelle” par les membres du jury, la thèse de Gaspard Lion “Habiter en camping. Trajectoires de membres des classes populaires dans le logement non ordinaire” éclaire un phénomène peu exploré qui gagne en importance, de plus en plus d’habitants résidant en camping à l’année.

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Il est rare que le jury accorde le Grand prix à une thèse dont l’objet n’est pas au centre des problématiques contemporaines du logement social. Aux yeux de Pierre Laurent, directeur du développement à la direction des prêts de la Banque des Territoires et vice-président du jury, “la thèse de Gaspard Lion éclaire un segment du logement social de fait qui échappe aux radars de l’analyse habituelle ainsi qu’à la réglementation.” Cette forme d’habitat accueille des populations dont une grande part auraient leur place dans l’habitat social. Certaines en proviennent et expriment le souhait d’y retourner, d’autres refusent d’y recourir pour diverses raisons.

Matière à réflexion pour les acteurs Hlm

Ces mécanismes sont parfaitement documentés par l’auteur. “J’ai entrepris une démarche qualitative avec une approche ethnographique qui m’a conduit à habiter en camping pendant environ trois ans, par intermittence. Cela m’a permis de multiplier les entretiens et les rencontres sur la durée et de lever les réticences que peuvent avoir des personnes qui se sentent stigmatisées vis-à-vis d’enquêteurs qui viendraient de l’extérieur avec le risque de se voir servir des discours décalés par rapport aux réalités vécues.”

Malgré les liens de proximité qui se sont créés entre le chercheur et les personnes étudiées, Marie-Christine Jaillet, directrice de recherche au CNRS, souligne sa capacité à toujours “garder la distance scientifique nécessaire à l’analyse objective et sa faculté à ne pas se laisser piéger par l’émotion. Gaspard Lion nous montre une réalité protéiforme du camping résidentiel qui appelle des solutions différenciées.” Son enquête identifie trois profils type d’habitants en camping résidentiel. Le premier vit plutôt bien sa situation. Il regroupe des ménages issus du haut des classes populaires avec des emplois stables et qui optent pour des campings plutôt haut de gamme qu’ils considèrent comme un substitut à la maison individuelle. Le deuxième est composé de personnes qui ressentent avec souffrance leur installation dans un camping vécue comme un déclassement social et résidentiel. C’est dans ce groupe que les demandes de logement Hlm sont de très loin les plus nombreuses et réitérées dans la durée. Mais les refus y sont aussi conséquents. Une offre de logement Hlm dans une cité disqualifiée et paupérisée ne les séduira pas parce qu’ils sont à la recherche d’une solution satisfaisante du point de vue de leur environnement social. Enfin, le troisième groupe est constitué des personnes les plus précarisées, issues pour la plupart de territoires ruraux ou périurbains, pour lesquelles le camping résidentiel est l’alternative à la rue. Cependant, contrairement au deuxième groupe, les valeurs et les manières de penser qui sont les leurs ainsi que la sociabilité dont elles font preuve les amènent à considérer leur situation comme satisfaisante. D’ailleurs, ces habitants ne font quasiment pas de demande de logement Hlm. Globalement, ces trois profils sont séparés et se logent dans des campings différents.

“On ne peut pas laisser tomber les 100 000 personnes au bas mot qui vivent en camping résidentiel, plaide Sylvie François, présidente du jury du prix et présidente du groupe Poste Habitat. La thèse met notamment en avant le manque de logements Hlm dans les territoires ruraux et périurbains, leur inadaptation aux ménages de petite taille et à leurs attentes, les délais d’obtention beaucoup trop longs, le décrochage entre le montant des loyers et les ressources des ménages.” Autant de sujets évoqués par cette thèse qui nourriront la réflexion des acteurs du logement social.

Contact : Dominique Belargent, USH. Mél. : dominique.belargent@union-habitat.org

 

Un jury très complémentaire

Le Prix de thèse sur l’habitat social est organisé par l’Union sociale pour l’habitat et la CDC avec le soutien du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation ainsi que du Plan urbanisme construction architecture et du Réseau recherche habitat logement. Composé de 27 membres, le jury qui a décerné le prix, parmi 30 thèses candidates, réunit des dirigeants Hlm, des cadres de la CDC et des chercheurs. “La diversité des membres du jury représentant des sensibilités complémentaires permet d’analyser plus profondément les thèses en fonction de ce qu’elles apportent à leur champ d’action respectif”, souligne Sylvie François, présidente du jury.