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Réseau des acteurs de l'habitat : la recherche s'engage sur la qualité du logement AH

Le programme Engagés pour la qualité du logement de demain (EQLD) a vocation à stimuler, par l’expérimentation, l’invention de nouvelles formes de conception, de production et de réhabilitation des logements. La journée du 7 décembre 2022 organisée à Paris a évoqué l’idée de mettre en débat les avancées de ce programme avec l’ensemble des acteurs de l’habitat et des chercheurs intéressés.

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Le programme EQLD (Engagés pour la qualité du logement de demain) a pris la forme d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé par le ministère du Logement et le ministère de la Culture. Conduite par le GIP EPAU (l’Europe des projets architecturaux et urbains), cette démarche vise à améliorer la qualité des logements en matière d’architecture, d’environnement et d’usages, à coûts maîtrisés et au service de la production du logement de demain pour tous et toutes. Une équation difficile à la résolution de laquelle vont tenter de contribuer 97 projets sélectionnés (parmi lesquels 43 portés par des organismes de logement social) à l’issue de l’AMI, associant l’ensemble des acteurs de la chaîne de production. Aux yeux de Jean-Baptiste Marie, directeur général du GIP EPAU, le programme EQLD doit aussi éclairer les acteurs sur “la qualité d’usage du logement, l’évolution des types d’habitat au regard des enjeux de transformation des modes de vie et le devenir du logement jusqu’à son recyclage”. En s’inscrivant dans cette démarche, l’USH, le Réseau des acteurs de l’habitat et le Réseau recherche habitat-logement (Rehal) se proposent de construire un dispositif d’animation et d’échanges entre d’une part les 97 équipes projets, et d’autre part les acteurs de l’habitat et chercheurs qui ne font pas partie de ce programme. Dans cette perspective, les travaux de la journée du 7 décembre ont été organisés autour de trois grands axes de questionnements : comment conjuguer qualité du logement et abordabilité pour les ménages ? Comment l’intervention sur le parc existant peut-elle rimer avec qualité ? Comment proposer un logement de qualité aux populations dites vulnérables ? “Les travaux portés par chacun des 97 projets pourront ainsi être mis en débat au sein d’une communauté plus large d’acteurs et de chercheurs dans le but d’un enrichissement réciproque et de capitalisation de connaissances”, indique Dominique Belargent, responsable des partenariats institutionnels et de la recherche à l’USH.

Les enjeux d’EQLD

À l’instar des programmes de recherche sur le logement, EQLD génère des attentes fortes des élus locaux et des acteurs du logement social. Suzanne Brolly, adjointe à la maire de Strasbourg en charge de la Ville résiliente, a rappelé que 24 000 habitants de son territoire sont en attente d’un logement social. “Nous avons besoin de réponses immédiates pour produire davantage de logements abordables tout en pratiquant la nécessaire sobriété foncière. Nous devons aussi trouver des solutions pour que les élus se nourrissent davantage des travaux de recherche leur permettant de construire et de réhabiliter des logements répondant pleinement aux attentes des habitants”. Pour sa part, Pierre Frick, directeur adjoint de la direction de la Maîtrise d’ouvrage et des politiques patrimoniales à l’USH, souligne qu’aujourd’hui “le sujet principal c’est la réhabilitation de l’existant sur lequel porte 80% de l’effort”. Selon Marie-Christine Jaillet, directrice de recherche au CNRS, EQLD doit également répondre à la question de la production de logements de qualité dans le contexte de l’allongement de la durée de vie de la population et dans celui d’une croissance des situations de précarité.

Quels mots pour quels objectifs ?

Parmi les nombreuses questions débattues émerge la nécessaire réflexion à conduire sur le sens des termes et des catégories qui sont mobilisés dans le cadre des expérimentations menées à travers le programme EQLD : qualité, inclusion, vulnérabilité, mixité… Pour de nombreux intervenants, la réflexion sur la qualité doit dépasser le périmètre du logement : c’est à une qualité de l’habiter qu’aspirent nos contemporains. Embrasser cette échelle plus large impose d’élargir le champ des disciplines scientifiques concernées : l’architecture, certes, mais aussi l’ensemble des sciences humaines et sociales, y compris l’économie. Elle nécessite de fonder une réflexion résolument pluridisciplinaire. Le terme expérimentation a également fait débat. “Compte tenu de notre responsabilité vis-à-vis des habitants, je préfère parler de démarches alternatives plutôt que d’expérimentation”, estime Raphaëlle Hondelatte, architecte enseignante à l’École nationale d’architecture de Versailles. Imed Robbana, directeur général de la Coop’Hlm, le Comité ouvrier du logement (Le COL) fait preuve de la même prudence vis-à-vis de l’expérimentation : “Nous faisons beaucoup de choses nouvelles mais en ayant toujours à l’esprit que des habitants aux revenus modestes doivent pouvoir vivre et vivre longtemps dans les logements que nous produisons”. Et pourtant, comme l’indique Marie-Christine Jaillet, “les politiques publiques ont besoin de catégories pour pouvoir fonctionner”. D’où l’intérêt de mettre ces catégories normatives sous les projecteurs des travaux scientifiques afin de mieux les relier aux réalités humaines, économiques et sociales. Attribuer les mots justes aux réalités visées par les politiques publiques place les acteurs de l’habitat en capacité d’assurer la qualité et l’efficacité de leurs actions.

Tenir compte des contextes

Une bonne idée n’étant pas automatiquement transposable à toutes les situations, les concepts de modèles, de massification / industrialisation et de bonnes pratiques ont soulevé quelques controverses. Ce qui est observé dans le cadre du programme EQLD est moins la recherche de “modèles” en architecture que la modélisation de certains modes de faire ou protocoles d’intervention, indique Paul Saraïs, responsable du département Architecture, qualité d’usage et biodiversité à l’USH. Un sujet qui se trouve particulièrement interrogé dans le cadre de la politique de réhabilitation qui exige le traitement de volumes importants, notamment en raison des enjeux de transition écologique. La recherche de modèles ou protocoles est importante au regard des besoins de maîtrise des coûts, que Paul Saraïs juge compliquée à établir dans le parc social où le montant des loyers est par définition limité. Se pose alors avec davantage d’acuité la question du financement des réhabilitations. Une question que l’on retrouve aussi sur le sujet de la massification, censée réduire les coûts. “Mais les échanges avec les entreprises de travaux n’aboutissent pas à ce qu’une massification des rénovations fasse systématiquement baisser les prix”, constate Pierre Frick. Pour sa part, Yankel Fijalkow, sociologue codirecteur de la chaire Le Logement demain, appelle à “se méfier des bonnes pratiques” que l’on voudrait pouvoir transposer à des situations dissemblables. Les différents intervenants n’écartent pas pour autant le recours à ces concepts mais ils recommandent la prudence dans leur utilisation et, surtout, la prise en compte des contextes particuliers dans lesquels ils s’appliquent.

L’implication de l’USH, du Réseau des acteurs de l’habitat et du Rehal dans la démarche EQLD devrait permettre d’élargir son périmètre aux acteurs et chercheurs qui lui sont jusqu’à présent extérieurs. Un dispositif de dialogue et d’échange est envisagé. Il prendrait la forme de séminaires réguliers avec les équipes projet, les acteurs et les chercheurs afin que tous puissent bénéficier des avancées de chacun. Un tel dispositif donnerait l’opportunité de confronter les 97 projets EQLD à d’autres programmes de recherche ou d’autres pratiques opérationnels en vue d’un enrichissement mutuel. Enfin, l’ensemble de ces études pourrait faire l’objet d’une capitalisation utile aux pratiques de l’ensemble des acteurs du logement et de l’habitat.

Contacts : Dominique Belargent, USH - Mél. : dominique.belargent@union-habitat.org ; Paul Saraïs, USH - Mél. : paul.sarais@union-habitat.org

 

“La recherche de modèles ou protocoles est importante au regard des besoins de maîtrise des coûts.”

 

97 projets de la conception au recyclage

La démarche EQLD est portée par l’Europe des projets architecturaux et urbains (EPAU) et, outre les équipes de recherche, elle associe tout un écosystème de partenaires : des collectivités locales, des maîtres d’ouvrage dont des organismes Hlm (impliqués dans la moitié des 97 projets), des maîtres d’œuvre et des équipes de recherche dont une partie est issue des écoles nationales supérieures d’architecture, ainsi que d’autres acteurs du logement et de l’habitat. Ces 97 projets concernent un très large éventail de thématiques : les process d’amélioration des logements par la réhabilitation, leur adaptation aux nouveaux usages, la mise en place de synergies entre acteurs, la participation des habitants aux nouveaux projets, la juste qualité pour répondre aux besoins au juste prix, la reconversion des immeubles de bureaux en logements, les nouveaux matériaux… Les projets, à des stades très divers d’avancement, doivent être progressivement mis en chantiers et livrés, avec en perspective un bilan de la démarche fin 2025.